À l’occasion de la réception par Emmanuel Macron, le 16 juin 2023, du prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman que des rapports des services de renseignement américains ont mis en cause dans l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, nous republions un entretien avec Agnès Callamard, à l’époque rapporteure spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires (aujourd’hui secrétaire générale d’Amnesty International), réalisé en octobre 2019.
April Brady/Project on Middle East Democracy
Alain Gresh. – Est-ce que vous disposez de nouvelles informations sur l’assassinat depuis la publication de votre rapport en juin 2019 ?
Agnès Callamard. — J’ai reçu des informations de différentes sources, mais aucune ne me semble crédible pour l’instant ; je n’ai pas pu les authentifier. Dans un entretien récent à la chaîne américaine PBS, le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman a reconnu que le crime s’était produit sous sa « surveillance » (« under my watch »). Cela veut dire qu’il reconnaît, au moins indirectement, que ce crime est un crime d’État dans la mesure où il est un homme d’État et où il laisse comprendre qu’il est le quasi-chef d’État. Mais il ne reconnaît pas sa responsabilité individuelle pour le crime, au contraire ; il prend ses distances en expliquant qu’il y a des millions de fonctionnaires qui travaillent, des ministres qui suivent les dossiers et qu’il ne peut contrôler toutes leurs actions. Il ne reconnaît pas sa responsabilité pénale personnelle, ne serait-ce que pour n’avoir pas pris les mesures nécessaires pour empêcher un tel crime.
A. G. – Avez-vous des informations sur le procès qui se déroule en Arabie saoudite contre certains des accusés ?
A. C.— Comme vous le savez, onze personnes sont poursuivies, dont neuf sur les quinze qui ont été identifiées comme appartenant au commando envoyé à Istanbul. Pourquoi ceux-là et pas les autres ? On ne le sait pas. Depuis la publication de mon rapport, il y aurait eu au moins une séance du procès, mais à huis clos, et ceux présents, dont un représentant du gouvernement français, ne fournissent aucune information sur ce qui s’y passe. Quoi qu’il en soit, le procès ne peut pas être considéré comme équitable, même s’il se termine par des condamnations. D’autre part, et même si parmi les accusés il y a le général Ahmad Al-Assiri, le principal responsable Saoud Al-Qahtani n’a pas été inculpé. Ce proche de MBS cité par de nombreux témoins dans l’affaire de l’enlèvement du premier ministre libanais Saad Hariri et dans la torture des militantes des droits des femmes est pourtant un suspect majeur. Il a même été cité par le procureur saoudien comme une des personnes qui a incité le crime et a poussé l’équipe à ramener Khashoggi, car il était une menace pour la sécurité nationale. Des rumeurs prétendent qu’il a été tué, mais je n’ai pas pu les confirmer.
A. G. – Quelles ont été les réactions à la publication de votre rapport ?
A. C.— Les réactions au sein du Conseil des droits de l’homme des Nations unies (OHCHR) et dans la presse ont été plutôt positives. Certains États ont dit des choses très fortes, comme le Canada et l’Australie. En ce qui concerne la France, elle fait partie des États favorables à revenir à un « business as usual ».
Aucune action concrète n’a suivi la réunion du Conseil. Au contraire, le sommet du G20 à Osaka, tenu quelques semaines après mon rapport, a donné lieu au spectacle affligeant du président des États-Unis embrassant MBS. On a eu aussi droit à une photo de fin de réunion avec, au centre le président Donald Trump et MBS se serrant la main et autour tous les autres chefs d’État faisant un petit signe à la caméra. C’est un manque de respect pour toutes les personnes frappées par la répression en Arabie saoudite, pour les principes mêmes dont se réclame le G20 et pour le travail que j’ai accompli. Aucun chef d’État n’a tenté de se démarquer de cette instrumentalisation orchestrée par le président américain et le prince saoudien.
A. G. – Et le prochain G20 est censé avoir lieu à Riyad en 2020 ?
A. C.— Le sommet d’Osaka a été problématique, mais celui de l’an prochain risque d’être une catastrophe pour les valeurs que nous défendons. Il y a deux options possibles. D’abord qu’un État se porte volontaire pour accueillir le sommet à la place de l’Arabie. La seconde option est que la participation des États soit conditionnée à des demandes très claires, y compris de remise en liberté des femmes activistes, et plus largement de tous ceux qui sont emprisonnés pour des crimes de conscience et que cette participation s’accompagne d’une demande que ceux qui ont ordonné le meurtre de Jamal Khashoggi rendent des comptes. Il est crucial aussi que les chefs d’État demandent que la liberté de la presse fasse partie de l’ordre du jour du sommet, qu’ils organisent des points de presse sur cette question et qu’ils ne permettent pas l’instrumentalisation du G20 pour des objectifs contraires aux valeurs sur lesquelles sont fondés plusieurs pays membres du G20.
A. G. – Pour continuer sur les réactions à votre rapport, vous avez pu rencontrer plusieurs membres du Congrès américain ?
A. C.— Oui, j’en ai vu personnellement une dizaine et j’ai pu constater une vraie mobilisation. La chambre des représentants a adopté à la mi-juillet, à une majorité écrasante (405 voix contre 7) un texte présenté par le député Tom Malinowski qui demande au directeur du United States Intelligence Community (Communauté du renseignement des Etts-Unis)1 d’identifier les responsables de l’assassinat de Jamal et de leur imposer des sanctions. Si elle était adoptée par le Sénat, cette résolution aurait d’importantes répercussions puisqu’elle aboutirait, par exemple à sanctionner le prince héritier MBS et à le priver de visa pour les États-Unis. J’espère que ces positions très fermes encourageront d’autres parlements de par le monde à comprendre qu’ils ont un rôle à jouer dans cette affaire, en dehors de celui que joue l’exécutif.
A. G. – Les Nations unies peuvent-elles donner suite à votre rapport ?
A. C.— Elles le peuvent, mais vont-elles le faire ? J’ai demandé au secrétaire général des Nations unies António Guterres de mettre en place un comité indépendant qui puisse déterminer les responsabilités individuelles dans l’assassinat, mais il a refusé. Il a prétendu qu’il n’en a pas l’autorité et que la Turquie devrait faire une demande officielle, ce qu’elle n’a toujours pas fait. Plus récemment, il a laissé entendre qu’il aurait besoin pour ce faire d’une résolution du Conseil de sécurité, alors même que les experts des procédures onusiennes pensent le contraire. J’ai alors suggéré que le déficit institutionnel mis en lumière par l’affaire Khashoggi soit comblé : en mettant en place un instrument d’enquête international qui pourrait s’automandater, sans décision politique, et rendre la tâche du secrétaire général plus facile. Il n’est en effet pas simple pour lui de s’opposer aux États-Unis ou à l’Arabie. Ce qu’il pourrait faire, c’est dire comment on peut progresser dans le futur pour éviter la politisation de la prise de décision ; la seule manière de le faire serait de mettre en place un nouvel instrument qui enquête de manière indépendante. Il pourrait demander à l’OHCHR ou même à l’Assemblée générale de l’ONU de créer une telle commission.
Rendre justice à Jamal va prendre du temps. En attendant, il faut repousser toutes les tentatives de relégitimer l’État saoudien, dont le caractère répressif est désormais établi. Et il faut prendre les mesures intermédiaires pour avancer dans le sens des principes que défendent les Nations unies.
ALAIN GRESH
Spécialiste du Proche-Orient, il est l’auteur de plusieurs ouvrages,
AGNÈS CALLAMARD
Rapporteuse spéciale sur les exécutions extrajudiciaires
DOCUMENT - L'ensemble des témoignages qui ont servi pour la série documentaire «En guerre(s) pour l'Algérie» est disponible sur le site Grands entretiens de l'INA. Voici le parcours de vie de ces hommes et femmes qui ont livré un récit inédit.
Ali Agouni, militant indépendantiste. Témoignage recueilli par Nesrine Dahmoun le 16/08/2020 à Alger.
Ali Agouni est né en 1938 à Rouïba près d'Alger. Rouïba est un fief messaliste. Révolté très jeune par l’injustice de l'ordre colonial, c’est donc tout naturellement qu’il s’engage dans le parti de Messali Hadj, le PPA (parti populaire algérien). Il participe aux actions militantes en faveur de l'indépendance de l'Algérie. En 1955, il a 17 ans. Il décide de prendre le maquis pour rejoindre le MNA (mouvement national algérien), nouveau parti de Messali Hadj, mais se retrouve parmi les combattants de l'ALN. Il rencontre alors les chefs du FLN, dont Krim Belkacem et découvre les luttes fratricides entre le FLN et le MNA, qu’il déplore.
Pendant la guerre, Ali Agouni est arrêté, torturé, emprisonné en Algérie puis en France. Dès sa sortie de la prison, il renoue avec Messali Hadj. Il décide de rester en France après l’indépendance et militera toute sa vie pour la réhabilitation de Messali Hadj par les autorités algériennes, et pour celle de tous les militants messalistes tombés en disgrâce après l'avènement du FLN en Algérie.
Simone Aïach, militante du Parti Communiste Algérien (PCA). Témoignage recueilli par Julie Maeck le 10/06/2019 à Paris.
Simone Aïach est née à Alger en 1929. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle prend conscience de sa judéité et de l’antisémitisme des Français d’Algérie. En mai 1945, la répression dans le Constantinois (Sétif, Guelma) l’incite à adhérer au PCA (Parti Communiste Algérien). Elle a 16 ans. Pendant la guerre d'Algérie, avec son mari, le militant Georges Hadjadj, elle apporte son soutien au FLN. Son mari sera emprisonné et torturé. Le couple est expulsé vers la France en 1959. Simone Aïach retourne en Algérie après l'indépendance, puis décide de rentrer définitivement en France en 1966.
Nils Andersson, éditeur en Suisse de La Question d’Henri Alleg et de La Gangrène. Témoignage recueilli par Tramor Quemeneur le 25/06/2020 à Paris.
Nils Andersson est né en 1933 à Lausanne d'un père suédois et d'une mère française. Après la création d'une revue littéraire avec Jacques Chessex, Pays du lac, et du journal Clartés, il se consacre au travail de diffusion d'éditeurs censurés en France. Il crée sa propre maison d'édition - La Cité Éditeur - et collabore notamment avec Jérôme Lindon des Éditions de Minuit. En 1958, La Question d'Henri Alleg, qui dénonce la torture que l’auteur a subie dans les mains des militaires français, est interdit par le gouvernement français. Nils Andersson le republie aussitôt en Suisse. De même l’année suivante, avec La Gangrène. Militant anticolonialiste convaincu, Nils Andersson poursuit son combat pendant toute la guerre, en tant qu’éditeur, mais aussi en soutenant matériellement les réfractaires et les combattants algériens dans leur lutte de libération nationale.
Djoudi Attoumi, combattant de l’ALN. Témoignage recueilli par Walid Bouchebbah le 1/10/2020 à Béjaïa.
Djoudi Attoumi est né en 1938 dans la région de la vallée de la Soummam. A 14 ans, il part à Alger poursuivre ses études et se rapproche du MTLD (Mouvement pour le triomphe des Libertés Démocratiques). Il rejoint l’ALN en septembre 1956. Affecté en wilaya III avec la fonction de secrétaire, il fait partie de l'état-major du Colonel Amirouche, chef de la wilaya. En juin 1961, Djoudi Attoumi est promu officier par le colonel Mohand Oulhadj et affecté dans la vallée de la Soummam. Il est ensuite membre de la commission de cessez-le-feu d’avril à mai 1962. Après la guerre, Djoudi Attoumi écrit plusieurs livres pour témoigner de son expérience de combattant et rendre hommage au colonel Amirouche tué dans une embuscade le 27 mars 1959.
Abdelkader Bakhouche, membre de l’Organisation Spéciale du FLN. Témoignage recueilli par Nesrine Dahmoun le 10/10/2020 à Alger.
Abdelkader Bakhouche est né en 1938 à Dréan (alors Modovi), sur la côte orientale de l'Algérie à proximité d’Annaba (Bône). En 1955, il part à Marseille et s’engage dans les rangs du FLN. Il participe à plusieurs attentats en France contre les Messalistes et contre des cibles françaises. En 1958, il devient membre de l’Organisation Spéciale et part au Maroc suivre une formation militaire de commando. Dès son retour en France, il participe à des attentats qui visent des messalistes, des personnalités françaises et des commissariats. Il est arrêté fin septembre 1958 par la DST pour sa participation à la tentative d’assassinat de Jacques Soustelle, ministre de l’Information et ancien gouverneur général de l'Algérie. Il est torturé pendant une semaine avant d’être transféré en prison. Il sera libéré en avril 1962.
Jean-François Barennes, appelé. Témoignage recueilli par Julie Maeck le 14/06/2019 à Paris.
Jean-François Barennes est né en 1940 à Noyen-sur-Sarthe.
Appelé sous les drapeaux en mai 1960, il débarque en Algérie en juin 1961. Il accepte un poste d’instituteur dans le village de Z'Bara, qui dépend d'une SAS (Section administrative spécialisée). Pendant 4 mois et demi, il enseigne aux 140 enfants de ce village très pauvre. En février 1962, il est brusquement rapatrié à Alger. Il découvre alors l’autre versant de la guerre d'Algérie : la guerre civile, une ville explosive, les attentats du FLN et de l’OAS… Durant cette période il a sous ses ordres 12 harkis qu'il ramène en France en 1962. Aujourd’hui, il participe à de nombreuses rencontres avec des lycéens pour témoigner.
Khadidja Belguenbour, maquisarde de l’ALN. Témoignage recueilli par Nesrine Dahmoun le 24/10/2020 à Alger.
Khadidja Belguenbour, dite Farida, est née en 1944 dans un petit douar de la wilaya de Jijel, dans une famille de cultivateurs aisés. Elle connaît une enfance heureuse jusqu'à l'arrivée des premiers militaires français et des maquisards algériens, quelques années après le déclenchement de l'insurrection armée en novembre 1954. Elle assiste alors aux bombardements de l'aviation, aux rafles et aux déplacements de population que l’armée regroupe dans des camps. C’est dans un de ces camps de regroupement que Khadidja Belguenbour est recrutée en tant qu'agent de liaison par le FLN, avant de rejoindre les rangs de l'ALN au maquis. Là, elle se marie avec le secrétaire de Krim Belkacem.
Après l'indépendance, elle voit arriver "l'armée des frontières", les troupes de l'ALN formées en Tunisie et au Maroc. Elle évoque des soldats aux comportements inappropriés, revient sur les affrontements qui ont lieu à Constantine entre ces derniers et les maquisards de l'intérieur, son emprisonnement et le désenchantement qui a suivi les premiers mois de l'indépendance. Elle a à cœur de transmettre la mémoire de la guerre d’indépendance aux jeunes générations et porte un regard critique sur la gestion de cette mémoire par les autorités algériennes.
Jeannine Belhadj-Merzoug, militante du FLN. Témoignage recueilli par Marc André le 30/06/2020 à Paris.
Jeannine Belhadj-Merzoug est née en 1931 à Lyon.
Elle commence des études de puériculture à Grenoble en 1952. C'est là qu'elle rencontre Mostepha Belhadj-Merzoug, étudiant algérien en mathématiques, qui devient son mari. Tous deux se rendent à Lyon en 1954. Lui poursuit ses études à la faculté de Lyon où il devient secrétaire des étudiants algériens au sein de l'UGEMA. Elle, travaille à l’hôpital du Vinatier comme puéricultrice. Un mandat d'arrêt est émis contre Mostepha à Constantine. Il est alors emprisonné à la prison de Montluc (Lyon) en 1957 puis expulsé vers l'Algérie. Jeannine se bat pour le faire libérer avec l’aide du prêtre Albert Carteron et de l'avocate Emma Gounot. Il est libéré en 1959.
De retour à Lyon, le couple poursuit son activité militante au sein du FLN. Jeannine fait le taxi pour les membres du FLN, remplit diverses missions et développe surtout une aide sociale en direction des femmes algériennes et de leurs enfants. A l'indépendance, le couple rejoint l'Algérie. Jeannine devient directrice de crèche à Constantine et son mari professeur de mathématiques.
Clara Benoits, militante communiste et déléguée CGT, soutien du FLN. Témoignage recueilli par Julie Maeck le 11/06/2019
Clara Benoits est née à Paris en 1930. Quand la guerre d’Algérie éclate, elle est déléguée CGT du personnel aux usines Renault de Billancourt et militante communiste. Avec son mari Henri Benoits, elle milite pour l'indépendance de l'Algérie et apporte un soutien actif au FLN.
Henri Benoits, militant trotskiste et syndicaliste, soutien du FLN. Témoignage recueilli par Tramor Quemeneur le 11/06/2019 à Paris
Henri Benoits est né à Paris en 1926. Militant trotskiste et syndicaliste, il travaille aux usines Renault de Billancourt. Avec sa femme Clara, il fait partie de ceux qui ont créé la cellule FLN à Renault Billancourt. A la demande de la fédération de France du FLN, il suit les rassemblements organisés pour boycotter le couvre-feu le 17 octobre 1961 à Paris. Il est un témoin direct de leur répression.
Roger Bissonnier, appelé, commando de chasse puis Force locale. Témoignage recueilli par Victor Delaporte le 25/06/2020 à Paris.
Roger Bissonnier est né en 1941 à Saint-Denis. Il suit une formation d'ajusteur mécanicien puis est engagé comme ouvrier dans l’automobile à Vincennes. Incorporé en mars 1961, il est affecté à la 10e Compagnie en tant qu'élève officier puis il rejoint le 2e RIMa (Régiment d’infanterie de marine) à Akbou. Il devient ensuite chef de section du commando de chasse V 69 à Ighil Ali.
Au mois de février 1962, il devient chef du poste de Chouarik et a comme zone d'opération une zone interdite, là où les populations ont été évacuées et concentrées dans des camps de regroupement. Après le cessez-le-feu, Roger Bissonnier est chargé de former une compagnie de la Force Locale mise en place au printemps 1962 à Staoueli. De retour en France en août 1962, il rejoint le 1er RIMa. Il est démobilisé le 20 décembre 1962.
Zineb Boudjelal, réfugiée dans le maquis de l’ALN. Témoignage recueilli par Mohamed Abdelatif Baala le 12/10/2020 à Khenchela.
Zineb Boudjelal serait née en 1921 dans un douar chaoui près de Khenchela dans les Aurès. Elle grandit dans la misère et est révoltée par l'injustice de l'ordre colonial. Elle se marie avec un homme très impliqué dans l'organisation des premiers maquis depuis les événements de mai 1945 et dans la préparation de l'insurrection armée de novembre 1954. Son mari ayant pris le maquis, Zineb Boudjelal est assignée à résidence et subit des descentes militaires quotidiennes. Son mari est arrêté et contraint de s’enrôler dans une harka. Il organise la fuite de plusieurs harkis vers le maquis avant de fuir lui-même, une fois son stratagème découvert.
Zineb Boudjelal est également arrêtée et séparée de ses enfants. Elle est torturée avec deux autres femmes puis abandonnée en pleine montagne. Elle rejoint alors les maquis de l'ALN. En 1960, son mari meurt dans une embuscade. A l'Indépendance, elle retrouve ses enfants qu'elle n'a pas vus depuis plus de quatre ans. Zineb Boudjelal évoque le sentiment d'abandon des familles des « martyrs » par l'Etat algérien et un manque de reconnaissance des sacrifices consentis durant la guerre.
Idir Boudjemil, militant du MNA. Témoignage recueilli par Lydia Hadj-Ahmed le 20/10/2020 à Valenciennes.
Idir Boudjemil est né en 1930 à Taourirt Ighil en Kabylie. Parti en France en 1954 pour échapper au service militaire, il rejoint les rangs du MNA (Mouvement national algérien). Sa fidélité à Messali Hadj, "père des Nord-Africains" comme il le nomme, le pousse à garder une haine tenace vis-à-vis des militants FLN qu'il accuse de trahison. Il prend part à la guerre fratricide qui oppose les deux mouvements en 1959, allant jusqu'à assassiner, en RFA, un transfuge du MNA parti rejoindre le FLN. Arrêté par la police belge, il est extradé en Allemagne où il est condamné à 15 ans de prison. Libéré 8 ans plus tard pour bonne conduite, il reprend une vie tranquille, partagée entre son travail à l'usine de Jeumont-Schneider et sa famille.
Abdellah Bouraoui, combattant de l’ALN. Témoignage recueilli par Walid Bouchebbah le 3/10/2020 à Skikda.
Abdellah Bouraoui est né en 1936 à Skikda. Il grandit dans une famille nombreuse. A 10 ou 11 ans, il commence à fréquenter les scouts musulmans. Il s’engage dans les rangs de l’ALN en 1955, engagement qui coïncide avec les préparatifs des massacres du 20 août 1955 dans le Constantinois, orchestrés par Youcef Zighoud. Ce jour-là, Abdellah Bouraoui attaque le tribunal d’El Harrouch, avec pour mission de détruire les dossiers des prisonniers et des condamnés à mort algériens. Abdellah Bouraoui devient un des gardes du corps de « Si Ahmed » (Youcef Zighoud) jusqu’à la mort de ce dernier, tué au combat en septembre 1956. Abdellah Bouraoui poursuit la lutte jusqu’à l’indépendance.
Michel Bugeaud, appelé. Témoignage recueilli par Raphaëlle Jaillet, le 18/06/2019 à Paris.
Michel Bugeaud est né en 1938 à Paris. Il entre comme ouvrier à la SNCF puis se forme au génie civil. Appelé en Algérie en 1959-1960, il rejoint le 65e bataillon du génie dans le Nord-Constantinois. Il est affecté à Djidjelli en tant qu'officier. Le 2e REP, régiment parachutiste de la légion étrangère, a besoin d'un officier du génie et fait appel à lui d'octobre 1959 à janvier 1960. Cette expérience lui fait découvrir les villages de regroupement et la misère en Algérie. Il se retrouve dans une maison forestière et dirige une équipe composée d'ouvriers civils et de harkis. En 1961, il rentre en France. Michel Bugeaud a alors 23 ans et se lance dans des études d’architecte. Confronté au sentiment de solitude et d'incompréhension à son retour en France, il témoigne aujourd’hui de son expérience auprès des jeunes, dans les collèges et les lycées.
Alice Cherki, étudiante en psychiatrie, originaire d’une famille juive d’Alger, militante du FLN. Témoignage recueilli par Tramor Quemeneur le 29/06/2020 à Paris.
Alice Cherki est née en 1936 à Alger. Sous Vichy, elle est exclue de l'école française parce que juive. Cet événement amorce sa prise de conscience politique. Pendant ses études de médecine, elle s'engage en faveur de l'indépendance et se forme auprès de Frantz Fanon, psychiatre, médecin-chef d'une division de l'hôpital de Blida-Joinville et intellectuel engagé dans la lutte pour l'indépendance de l'Algérie. A ses côtés, elle expérimente le soin psychiatrique lié à l'action militante : l'aide concrète aux combattants algériens et les soins aux personnes souffrant de problèmes psychiatriques dus à la guerre.
En 1956, elle se marie avec Charles Géronimi, ami de Frantz Fanon. Menacés d’arrestation, en 1957, ils s’exilent en France où Alice Cherki poursuit ses études et son soutien au FLN. En 1958, son mari est appelé sous les drapeaux. Ils se réfugient alors à Tunis. Elle bénéficie d'une bourse du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) pour finir ses études en Allemagne de l'Est, notamment à Berlin et Leipzig. Elle retourne en Algérie à la veille de l'indépendance du pays en 1962. En 1964, elle s'établit à Paris pour finir sa formation de psychiatre et entamer une psychanalyse, tout en séjournant régulièrement en Algérie.
Georges Cochet, avocat, engagé dans la défense des indépendantistes algériens. Témoignage recueilli par Marc André le 25/06/2019 à Lyon.
Georges Cochet est né en 1930 à Lyon, dans une famille chrétienne-démocrate. Au début de la guerre d’Algérie, il est un jeune avocat, engagé dans la défense des droits de l’homme. Il s'investit dans le collectif d'avocats « Comité de Défense des Droits de la Personne » qui se mobilise en faveur des Algériens de Lyon expulsés vers l'Algérie. Une de ses affaires les plus marquantes est celle des "étrangleurs de la Doua" : des cadavres d’Algériens étranglés au fil de fer ont été retrouvés flottant dans le Rhône. Soupçonnés d’être des traitres par le FLN, ils avaient été exécutés. En février 1960, Georges Cochet sera commis d’office au procès des étrangleurs. Il restera un fervent militant contre la peine de mort jusqu’à son abolition en 1981.
Claude Cornu, appelé. Témoignage recueilli par Dorothée Myriam Kellou le 30/06/2020 à Paris.
Claude Cornu est né en 1935 à Tours. A 23 ans, en 1958, il est appelé en Algérie. N'aimant ni l'armée, ni la guerre, passionné de peinture et de photographie, il emporte dans ses bagages boites de peintures, crayons, pinceaux et appareil photo. Affecté dans la du 10e Bataillon de Chasseurs à pied à Inurar (Nouader) dans la vallée de Oued Abdi, dans les Aurès, il découvre la population locale et va à sa rencontre. Il se lie d'amitié avec les enfants du village et passe les deux années de son service militaire à leur faire la classe, vivant au village plutôt que dans le campement militaire. Loin des affres de la guerre, il immortalise avec ses photos et ses croquis les visages et les paysages de la région. Rentré en France à contrecœur après la fin de son service militaire en 1960, il cherche à rester en contact avec ses anciens élèves. En 2010, il retourne à Inurar où il est accueilli chaleureusement.
Geneviève Coudrais, lycéenne engagée contre la guerre d’Algérie, puis « pied-rouge » après l’indépendance. Témoignage recueilli par Tramor Quemeneur le 13/06/2019 à Paris.
Geneviève Coudrais est née en 1944 dans un petit village du pays de Caux en Normandie. Au lycée à Rouen, elle se politise et s’engage pour l'indépendance de l'Algérie. Elle participe à plusieurs manifestations en métropole contre la guerre d'Algérie et proteste contre le camp d’internement administratif du Larzac. Elle prend part au chantier de la maison de la paix à Saint-Véran dans le Larzac (1962) et à la construction d'une maison de la paix à Stora en Algérie (1963). Elle retourne en Algérie avec son mari en 1973, mais sous la présidence de Houari Boumediene, l'ambiance est moins favorable à ceux qu’on appelle les « pieds rouges ».
Geneviève Coudrais poursuit son action militante en France, notamment au sein de l’ACNV, Action civique non-violente.
Robert Deberghes, appelé, infirmier militaire. Témoignage recueilli par Denis Leroux le 01/07/2020 à Paris.
Robert Deberghes est né en 1936 à Tourcoing.
A 14 ans, il intègre une entreprise d'imprimerie et d'édition dans laquelle il est formé à la lithographie. En 1956, alors qu'il poursuit ses études aux Beaux-Arts de Tourcoing, il reçoit l'ordre de mobilisation pour le service militaire en Algérie. Formé au poste d'infirmier militaire, il passe ses deux ans de service dans un bataillon de chasseurs basé dans les Aurès, prodiguant notamment des soins à la population locale dans le cadre de l'AMG (Assistance médicale gratuite). Il se remémore quelques souvenirs d'opérations militaires, d'embuscades et d'accrochages et la perte d'un ami proche lors de ces accrochages.
Noureddine Djoudi, militant du FLN à l’international. Témoignage recueilli par Mohamed Abdelatif Baala le 13/08/2020 à Alger.
Noureddine Djoudi est né en 1934 à Essaouira, au Maroc. Après des études d’anglais à Montpellier, il représente le FLN à Londres en 1955 puis aux Etats-Unis. En 1961, alors qu’il se trouve dans les camps d’entraînement de l’ALN au Maroc, il rencontre Nelson Mandela qui est venu se former au maniement des armes de guerre. En tant qu’interprète, Noureddine Djoudi est un témoin privilégié de la rencontre entre l'ANC sud-africaine et l'ALN algérienne. Après l’indépendance, Noureddine Djoudi poursuit une carrière de diplomate.
Lalia Ducos – Helal, lycéenne algérienne dans l’Algérois puis étudiante à Paris. Témoignage recueilli par Julie Maeck le 03/07/2020 à Paris.
Lalia Ducos-Helal est née en 1941 à Cherchell dans une famille modeste. Elle a huit ans quand sa famille déménage à Blida. C’est au lycée (à Blida puis au lycée franco-musulman d’Alger) qu’elle prend peu à peu conscience des différences sociales entre Français et Algériens et des discriminations que subissent ces derniers. Lalia Ducos-Helal passe la plus grande partie de son temps à étudier, poussée par des parents désireux de la voir réussir. Elle a 17 ans quand son père est arrêté et détenu au camp de Beni Messous. Pour faire vivre la famille, elle travaille dans les services de l’état-civil de Blida. Témoin d'un attentat de l’OAS dans une rue de la ville, elle est traumatisée. Ses parents l’envoient alors à Paris pour y suivre des études d’esthéticienne. Arrivée en France en 1960, elle découvre l'ignorance de la métropole vis-à-vis des événements et de la guerre en Algérie. Quand elle revient en Algérie après l’indépendance, elle décide de s'engager pour une Algérie indépendante et pour les droits des femmes.
Rabia Fenour, militant du MNA en France. Témoignage recueilli par Denis Leroux le 02/07/2020 à Paris.
Rabia Fenour est né en 1934 à Sidi Merouane, un village de montagne de la province de Mila, près de Constantine. Issu d'un milieu modeste et rural, il fréquente l'école coranique, incendiée à plusieurs reprises par les gendarmes. Il y apprend l'arabe. Aux élections de 1948, sa famille vote pour le parti de Messali Hadj (PPA-MTLD), mais le parti soutenu par les colons l'emporte. En 1953, son père décide de l'envoyer en métropole pour qu'il trouve du travail. C’est en France que Rabia Fenour s’engage politiquement, auprès de Messali Hadj. Rabia Fenour est l'une des principales figures du Mouvement national algérien (MNA) en France.
Ali Feraoun, fils de l’écrivain Mouloud Feraoun assassiné par l'OAS. Témoignage recueilli par le réalisateur Walid Bouchebbah le 13/08/2020 à Alger.
Ali Feraoun est né à Tizi Hibel en Kabylie. Il est le fils de Mouloud Feraoun, célèbre écrivain algérien. Ali Feraoun raconte son éducation, le succès littéraire de son père, ami d’Albert Camus, mais aussi le racisme ambiant envers les indigènes. Les ouvrages de Mouloud Feraoun qui dénoncent le colonialisme lui valent des menaces de mort de la part de l'OAS qui l’assassine le 15 mars 1962 à Alger. Après la mort du père, la vie est difficile pour la famille Feraoun : ils doivent quitter Alger et manquent d’argent. La mère d’Ali Feraoun honore la mémoire de son mari et élève ses enfants dans l'humilité. Toute sa vie, Ali Feraoun a fait vivre la mémoire de son père, lui qui l'a si bien connu en tant que père, professeur, écrivain et sage.
Nelly Forget, membre des Centres sociaux éducatifs arrêtée en 1957 par les parachutistes français. Témoignage recueilli par Julie Maeck le 01/07/2020 à Paris.
Nelly Forget est née en 1929 à Paris. Volontaire du Service Civil International (SCI), elle se rend en Algérie de 1951 à 1952 puis d'octobre 1955 à l'été 1957 où elle devient membre des Centres sociaux éducatifs. En Algérie, des rencontres décisives jalonnent ses missions, notamment avec Marie-Renée Chené dans le bidonville de Bérardi-Boubsila, avec Chafika Meslem, militante indépendantiste et avec Germaine Tillion, ancienne résistante et ethnologue. Nelly Forget évoque ses souvenirs de l'appel à la trêve civile d'Albert Camus. Elle raconte son arrestation et notamment la séance de torture qu'elle a subie à la Villa Sésini à Alger pour livrer des informations sur son amie Chafika Meslem, soupçonnée de terrorisme.
Après son retour d'Algérie, elle devient la collaboratrice de Germaine Tillion au cabinet du ministre de l'Éducation nationale, André Boulloche. Elle assure le secrétariat de Germaine Tillion jusqu'à la fin de sa vie.
Mohammed Ghafir, responsable FLN de la banlieue nord de Paris. Témoignage recueilli par Walid Bouchebbah le 18/08/2020 à Alger.
Mohammed Ghafir, surnommé « Moh Clichy », est né en 1934 en petite Kabylie. A 13 ans, il intègre les scouts musulmans de son village de Guenzet. C’est là qu’il apprend l’histoire de son pays et comprend l’injustice de la colonisation. Le sentiment nationaliste germe alors en lui. Il se souvient encore de la visite de Messali Hadj à Guenzet en 1947. En 1954, il termine sa formation en métallurgie. Appelé pour le service militaire, il fuit l’Algérie pour Clichy où une forte diaspora algérienne est déjà présente. Diplômé, il trouve facilement du travail et grimpe les échelons. Il rejoint rapidement le FLN, devient chef de cellule à Clichy puis responsable de toute la banlieue nord de Paris. Arrêté, il est emprisonné et détenu au camp du Larzac.
Libéré, il retourne à Paris clandestinement, hébergé par des Français du réseau Jeanson. Il reprend ses activités militantes. En tant que responsable de super zone au sein de la fédération française du FLN, Mohammed Ghafir participe à l’organisation de la marche pacifique des Algériens le 17 octobre 1961 pour dénoncer le couvre-feu décrété à leur encontre par le préfet de police de Paris, Maurice Papon. La répression e cette marche tournera au massacre.
Pierre-Marie Guastavino, oranais, partisan de l’OAS. Témoignage recueilli par Nicolas Bove le 18/06/2019 à Paris.
Pierre-Marie Guastavino est né en 1946 à Oran. Il y grandit dans une famille politisée, d'origine génoise et espagnole. Lors du rassemblement organisé à Oran pour fêter le premier anniversaire de la révolte d’Alger de 1960, il mesure sa détermination à se battre pour maintenir l’Algérie française. Il a 15 ans. Déçu par de Gaulle, il se rapproche de l’OAS. Sa famille quitte l'Algérie pour la France en mai 1962. Pierre-Marie Guastavino la rejoint peu de temps après, d’abord à Orléans où il passe le bac, puis à Paris où il étudie les sciences politiques et le droit. Il devient avocat et mène une carrière politique.
Jusqu’en 2019, il est membre de l'ADIMAD (Association pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus de l'Algérie française).
Ali Guessoum, « moussebel » du FLN/ALN. Témoignage recueilli par Afaf Zekkour le 12/08/2020 à Alger.
Ali Guessoum est né en 1940 à Rivet (actuelle Meftah). En 1954, il commence à travailler dans l’épicerie tenue par son frère Ahmed qui accède à des responsabilités locales au sein du FLN. Leur frère ainé, Mohamed, commande une zone de l’ALN. Sous la supervision de ses deux frères, Ali Guessoum devient un « moussebel », un civil chargé de collecter des fournitures, des vêtements militaires et des munitions. Ali Guessoum a été plusieurs fois arrêté pendant la guerre.
Bachir Hadjadj, étudiant, membre du FLN et combattant de l’ALN. Témoignage recueilli par Denis Leroux le 17/06/2019 à Paris.
Bachir Hadjadj est né en 1937 près de Batna en Algérie. Son père était caïd. Il a la possibilité d’aller à l’école très tôt. Il poursuit ses études à l’université de Grenoble où il s'engage dans la lutte pour l'indépendance. Fin 1960, il répond à l’appel que le FLN lance auprès des étudiants algériens pour rejoindre l’Armée de libération nationale (ALN) qui a besoin de cadres. Il reste dans ses rangs à la frontière tunisienne de 1961 jusqu'à l'indépendance.
Après l'indépendance, il continue ses études à Alger et s'engage dans le syndicalisme étudiant. Mais quelques années après le coup d'Etat du colonel Boumediene en 1965 et la répression de toutes les voix discordantes, il décide de quitter le pays pour s'installer en France avec sa femme bretonne, qu'il a épousée en Algérie.
Fella-Ouardia Hadj-Mahfoud, militante du FLN et fidayate. Témoignage recueilli par Nesrine Dahmoun le 12/08/2020 à Alger.
Fella Ouardia Hadj Mahfoud est née en 1936 à Alger. Son père, ancien militant du PPA, l’intègre dans la lutte en lui confiant des missions de transport d'armes. Elle devient ensuite fidayate, chargée de commettre des attentats à la bombe. En 1957, tout Algérien, homme ou femme, muni d'un couffin ou d'un sac était systématiquement fouillé aux différents postes de contrôle militaire érigés dans toutes les rues et ruelles d'Alger, principalement autour des sites militaires et des administrations, cibles privilégiées pour des attentats à la bombe.
Après avoir fait exploser une bombe au mess des officiers d’une caserne, Fella-Ouardia Hadj-Mahfoud, part se cacher au maquis. Elle y rencontre le colonel Amirouche. Revenue à Alger, activement recherchée, elle est dénoncée et arrêtée. On la déplace de caserne en caserne, elle est torturée. Condamnée à mort, elle échappe à la guillotine par la grâce du général de Gaulle, en 1958. Elle est ensuite emprisonnée en France, avant d’être libérée en 1962.
Brahim Halimi, militant indépendantiste dans les Aurès puis au Maroc. Témoignage recueilli par Mohamed Abdelatif Baala le 10/10/2020 à Alger.
Brahim Halimi est né en 1935 à Biskra. A 18 ans, il intègre l’entreprise familiale de transport en commun, chargé de la ligne Biskra-M’Chouneche-Arris. Le 1er novembre 1954, son père El Hachemi, militant nationaliste proche de Mostefa Ben Boulaïd, lui confie une mission périlleuse : conduire le car qui fera la une de tous les journaux le lendemain. C’est l’attentat du 1er novembre 1954 dans les gorges de Tighanimine où un caïd et un jeune instituteur sont tués. Après des mois passés entre commissariats et tribunaux, son père, son frère Rachid et lui rejoignent les rangs de l’ALN. La famille de Brahim Halimi se disloque. Son père part au Maroc. Il le rejoint alors que son frère Rachid prend les armes et meurt en 1961.
En Algérie comme au Maroc, Brahim Halimi poursuit son engagement pour l’indépendance de l’Algérie. Au Maroc, il a le privilège de côtoyer des personnalités qui joueront par la suite un rôle majeur dans la vie de l’Algérie. Au moment de l’indépendance, il est chargé de rapatrier tout l’armement qui se trouvait au-delà des frontières ouest. Rentré au pays, il démissionne de l’armée avec le grade de lieutenant pour s’occuper de l’entreprise familiale de transport.
Stanislas Hutin, rappelé, qui a dénoncé la torture. Témoignage recueilli par Tramor Quemeneur le 11/06/2019 à Paris.
Stanislas Hutin est né à Rennes en 1930. Séminariste chez les jésuites, il fait partie des rappelés de l’automne 1955 en Algérie. Témoin de la torture pratiquée lors de son séjour entre novembre 1955 et mars 1956, il dénonce ces faits dans la brochure "Des rappelés témoignent" qui circule à partir de 1957.
Depuis 2004, Stanislas Hutin milite dans l'association 4ACG (Anciens appelés en Algérie contre la guerre et leurs amis) et intervient dans des lycées et des collèges pour témoigner.
Xavier Jacquey, appelé. Témoignage recueilli par Nicolas Bove le 03/07/2020 à Paris.
Xavier Jacquey est né en 1937, à Metz dans une famille de militaires. Après son baccalauréat et un CAP chaudronnier-tôlier, il passe deux années au séminaire puis entre chez les Petits Frères de Jésus à Marseille. Il se destinait à une carrière de moine. Appelé, il est présent en Oranie en 1959-1060, à la période des plus forts affrontements entre l'ALN et l'Armée française. Il n’a pas participé aux combats. En tant qu'infirmier dans les camps de regroupement et auprès des populations du bled, Xavier Jacquey a été témoin de la misère du quotidien, a assisté à des scènes heureuses (mariages, naissances) mais aussi à des événements terribles (combats, torture, viols).
Mohamed Kaced, combattant de l’ALN. Témoignage recueilli par Afaf Zekkour le 18/08/2020 à Alger.
Mohamed Kaced est né en 1932 à Rouïba, dans la banlieue Est d’Alger. Il fait son service militaire à Saint-Etienne en 1953-1954. En 1956, il rejoint le maquis algérien à Souk Ahras en passant par la Tunisie. Il participe au transport des armes de la frontière tunisienne vers les wilayas 2, 3 et 4. Après l’indépendance, il devient militaire de carrière.
Messaoud Kafi, harki. Témoignage recueilli par Dorothée Myriam Kellou le 12/06/2019 à Paris.
Messaoud Kafi est né en 1943, dans les plateaux des Aurès, près de Biskra. Issu d’une tribu de bergers chaoui très pauvre, il est confronté de très près aux débuts de la guerre d'Algérie. Après s'être enfuie dans la montagne, sa famille est condamnée à vivre dans un camp de regroupement. Suivant l’exemple de son père enrôlé en tant que harki pour nourrir sa famille, Messaoud Kafi s'engage dans une SAS (Section administrative spécialisée) en 1960. Après l’indépendance, en 1963, il retourne à la montagne et à la vie précaire. Il rejoint la France en 1965.
Mohamed Khaznadji, combattant du FLN. Témoignage recueilli par Marc André le 26/06/2020 à Paris.
Mohamed Khaznadji est né en 1939 à Laazib, un village de la Petite Kabylie. A 6 ans, il part à Sétif où son père tient un commerce. A 15 ans, révolté par les humiliations et les exactions subies par les Algériens, il commence à participer aux actions du FLN. A 18 ans, il rejoint le maquis. Arrêté, il sera torturé, emprisonné, jugé, condamné à mort, avant d'être gracié.
Christiane Klapisch-Zuber, porteuse de valise, membre du réseau Curiel. Témoignage recueilli par Tramor Quemeneur le 03/06/2021 à Paris.
Christiane Klapisch-Zuber est née en 1936 à Mulhouse. En 1955, elle est étudiante à l’ENS (Ecole normale supérieure) où elle se lie d’amitié avec Assia Djebbar, militante au FLN. Christiane Klapisch-Zuber se politise, avec d’autres étudiants de l’ENS et de l’université. Ils sont particulièrement révoltés par l’usage de la torture utilisée contre les Algériens. Elle décide de s’engager et rejoint le réseau fondé par Henri Curiel. Elle a pour mission le transport de journaux clandestins, de documents de propagande et de militants indépendantistes vers les frontières belge, luxembourgeoise ou suisse. Au bout de 6 mois, elle héberge un militant algérien qui est arrêté au matin par la police. Christiane Klapisch-Zuber est aussitôt inculpée d’atteinte à la sureté de l’Etat et emprisonnée à la prison de la Roquette. Elle y reste de septembre 1960 à juillet 1961. Elle y rencontre les militantes du réseau Jeanson qui préparent alors leur spectaculaire évasion.
A sa libération, dans l'impossibilité administrative d'enseigner elle devient dactylo pour maître Mourad Oussedik, défenseur des militants FLN. Elle sera chargée de recueillir les déclarations des proches de victimes du massacre du 17 octobre1961. Elle quitte le cabinet en janvier 1962 et commence la préparation de sa thèse d'histoire médiévale.
Jean Lagrave, appelé et insoumis.Témoignage recueilli par Tramor Quemeneur le 10/06/2019 à Paris
Jean Lagrave est né en 1939. Très jeune, il est sensibilisé à la question coloniale et s’engage pour la paix en Algérie et contre de Gaulle, revenu au pouvoir en 1958. En 1960, après 6 difficiles mois de classes dans les parachutistes à Montauban, il reçoit sa feuille de route pour l'Algérie. Il refuse de partir et rejoint un chantier de l’ACNV (Action civique non violente) à Gagny où il est arrêté le 16 janvier 1961. Condamné pour insoumission, il est incarcéré aux Baumettes à Marseille, jusqu'en juillet 1962. Dès sa sortie de prison, refusant de réintégrer la caserne, il est de nouveau condamné à deux ans de prison, renvoyé aux Baumettes, puis dans un camp d'internement à Mouzac en Dordogne. Libéré en février 1963, il sera amnistié au début des années 1980.
Mouloud Lahreche, combattant de l’ALN. Témoignage recueilli par Mohamed Abdelatif Baala le 4/10/2020 à Skikda.
Mouloud Lahreche né en 1934, dans le village de Aïn Tabia, dans la région de Skikda. Il passe la quasi-totalité de la guerre au maquis dans l’Est de l’Algérie. Il est recruté par Youcef Zighoud, l’organisateur de l’insurrection du 20 août 1955, et combat jusqu’à la veille du cessez-le-feu. Cette longévité extraordinaire au maquis est seulement entrecoupée par une blessure qu’il parvient à faire soigner en Tunisie. Son témoignage sur la vie ordinaire des combattants de l’Est algérien éclaire l’organisation interne des maquis, les relations entre maquisards et civils et, bien sûr, la lutte armée.
Jacques Lallemand, engagé volontaire en Algérie, partisan de l’Algérie française. Témoignage recueilli par Victor Delaporte le 26/06/2020 à Paris.
Jacques Lallemand est né en 1939. La guerre d'Algérie entre dans sa vie en 1956 avec la mort de son frère Guy, tué en Algérie. Jacques Lallemand devance alors l'appel sous les drapeaux, en 1959. Il veut aller en Algérie pour venger son frère. Il rejoint le 18e RCP (régiment de chasseurs parachutistes) en 1960 à Batna, dans les Aurès. Son régiment participe, au sein des unités de Réserves Générales, aux grandes opérations lancées dans le cadre du plan Challe.
Le jour du putsch des généraux en 1961, son régiment rejoint Alger, puis se rend le jour-même à Oran. Partisan de l’Algérie française, Jacques Lallemand prend le parti des putschistes. Arrêté, il est rapatrié en métropole et incarcéré au fort de l'Est à Saint-Denis avec d’autres officiers, d'avril à juillet 1961. Le général Ducournau le nomme ensuite à Ténès (Algérie) pour assurer la sécurité de la ville et lui confie une mission de renseignement à Montenotte. Chargé d'une harka, il refuse d'utiliser la « manière brutale » (la torture). Dès le mois de février 1962, il pense à protéger ses harkis : tandis qu’il fait engager une partie dans l'armée française, il organise de lui-même le rapatriement des autres en France.
Djilali Leghima, militant du FLN en France. Témoignage recueilli par Walid Bouchebbah le 11/08/2020 à Alger.
Djilali Leghima est né en 1931 à Souamaâ, en Kabylie. Fils de paysan, issu d'une famille nombreuse, il quitte l'Algérie pour la France en 1951 pour trouver du travail à Paris. Il se forme en suivant des cours du soir et devient ouvrier qualifié. Sa rencontre avec le milieu syndicaliste est déterminante, elle éveille en lui un sentiment nationaliste. Il rejoint d’abord le MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) puis le FLN et sa fédération française qu'il contribue à structurer en recrutant de nouveaux membres.
Acteur de premier plan de la grève des 8 jours (du 28 janvier au 4 février 1957) lancée par le comité de coordination et d’exécution (CCE) du FLN, il est témoin de la guerre fratricide entre le MNA (Mouvement national algérien) de Messali Hadj et le FLN. Il a également été témoin de la répression de la manifestation du 14 juillet 1953 et du massacre du 17 octobre 1961 à Paris.
Alban Liechti, militant communiste et premier soldat réfractaire. Témoignage recueilli par Julie Maeck le 14/06/2019 à Paris.
Alban Liechti est né à Pari
s en 1935. Jeune communiste, appelé au service militaire, il refuse une première fois en juillet 1956 de "porter les armes contre le peuple algérien", puis une seconde fois début mars 1959. Ces refus lui vaudront plusieurs procès et cinq ans d'emprisonnement en Algérie et en France. Dès le début, il sera défendu par le Secours populaire français. Son parti, le PCF (Parti communiste français), lui apportera enfin son soutien à partir de septembre 1957.
A la fin de son service militaire, achevé en Algérie en mars 1962, il continue à militer au sein du parti communiste et au sein de l'association Agir Contre le Colonialisme Aujourd'hui (ACCA) qu'il cofonde avec Henri Alleg et Jean Clavel.
M.J., harki à Paris. Témoignage recueilli par Dorothée Myriam Kellou le 13/06/2019 à Paris.
M.J. est né en 1938 près de Palestro, actuelle Lakhdaria. Son père est garde-forestier, ce qui procure à sa famille une certaine aisance financière, mais provoque aussi des jalousies et des rivalités dans le village. Son père décède juste avant le début de la guerre. Sa mère est assassinée par le FLN en 1957 puis sa sœur meurt sous la torture de l'armée française. En juillet 1958, il est appelé pour faire son service militaire. Il l’effectue en France, dans l’aviation. En 1960, il retourne en Algérie mais, pris entre deux feux, il décide de repartir en métropole. Il saisit l'occasion de rentrer dans la force de police auxiliaire, les Harkis de Paris. Au cessez-le-feu, il rejoint la police municipale puis poursuit sa carrière dans la police de l'air et des frontières. En 1974, il retourne pour la première fois en Algérie, avec l’accord des services secrets algériens.
Louis Magnin, prêtre, soutien du FLN. Témoignage recueilli par Marc André le 25/06/2019 à Lyon.
Louis Magnin est né en 1921 à Lyon. Issu d'une famille chrétienne de classe moyenne, il devient dessinateur industriel puis prêtre en 1951. Il est sensibilisé à la misère des Algériens de Lyon lors de sa première mission en tant que prêtre dans le quartier de la Guillotière, entre 1951 et 1955.
En 1955, il est nommé à Saint-Fons, près de Lyon, comme formateur des prêtres du Noviciat du Prado. En 1958, Louis Magnin est impliqué dans l'affaire dite du Prado : avec un autre prêtre, le père Chaize, il met à la disposition d’Algériens du FLN un local où sont entreposés des documents et de l’argent, destinés à secourir les familles des 800 détenus algériens des prisons lyonnaises. Lorsque la cache du Prado est découverte, Louis Magnin est arrêté, puis libéré, contrairement à ses compagnons algériens qui subissent des violences et qui restent emprisonnés durant 9 mois.
En 1971, Louis Magnin décide de vivre son sacerdoce au plus près des ouvriers en devenant l’un d’entre eux, jusqu’à sa retraite en 1994. Il finit sa carrière dans la région parisienne où il milite à la CGT.
François Marquis, responsable d’un camp de regroupement. Témoignage recueilli par Dorothée Myriam Kellou, le 23/06/2020 à Paris.
François Marquis est né en 1937 à Albert, dans la Somme. Il devient séminariste et part faire son service militaire en Allemagne. Il arrive en Algérie en mars 1959 à l'école des officiers de réserve d'infanterie de Cherchell. A la fin de son stage, il est affecté dans la presqu'île de Collo où il est reçu par le colonel Vaudrey qui deviendra un des chefs de l’OAS.
A Collo, François Marquis, devenu officier d'action psychologique, participe à la politique de regroupement de la population dans des camps, notamment ceux d'Aïn Zida et d'Aïn Tabia. Début 1961, après le référendum sur l'autodétermination, il quitte l’Algérie.
Arezki Metref, enfant de la Cité des Eucalyptus, à Alger. Témoignage recueilli par Dorothée Myriam Kellou le 4/06/2021 à Paris.
Arezki Metref est né en 1952 à Sour El Ghozlane (alors Aumale) en Kabylie. Il grandit dans une famille instruite, consciente de l’inégalité de l’ordre colonial. En 1958, dans un climat d’insécurité et de tension, sa famille s’installe à Alger, dans la Cité des Eucalyptus construite dans le cadre du plan de Constantine lancé par le général de Gaulle. La cité est peuplée uniquement d’Algériens nouvellement installés, convaincus de la nécessité de lutter pour l’indépendance. Le FLN y est présent clandestinement, les habitants lui apporte son soutien par le biais de cotisations.
Arezki Metref se souvient des accords de cessez-le-feu, des attentats aveugles de l’OAS qui ont suivi, et de l’immense joie du peuple le jour de l’indépendance, le 5 juillet 1962.
Rachida Miri, militante du FLN, contrôleuse en wilaya 5. Témoignage recueilli par Nesrine Dahmoun le 19/10/2020 à Alger.
Rachida Miri est née en 1937 à Oujda, au Maroc. Bonne élève, elle prend peu à peu conscience des inégalités de la société coloniale. A partir de 1956, sa famille ouvre sa maison aux moudjahidines blessés au maquis. Cette année-là, étudiante, elle est recrutée par l’UGEMA, l'Union Générale des Etudiants Musulmans d'Algérie. Elle sensibilise la population aux problèmes du colonialisme, ce qui lui attire les foudres de l'administration scolaire. Avec d’autres camarades, elle abandonne ses études et rejoint le FLN à Oujda. Elle est formée aux techniques de la guérilla et envoyée comme contrôleuse en wilaya 5. Elle prend une part active aux actions du Renseignement algérien, le MALG (Ministère de l'Armement et des Liaisons générales).
Rachida Miri reprend ensuite ses études et ne réalise plus que des courtes missions ponctuelles. Elle se marie en 1961. Après l’indépendance, elle travaille dans l’enseignement, pour « servir l'Etat sans se servir ».
Stive Modica, Français de Tunisie, engagé dans les parachutistes de septembre 1959 à l'été 1962. Témoignage recueilli par Denis Leroux le 06/07/2020 à Paris.
Stive Modica est né en 1941 à Tunis, dans une famille de colons italo-maltais. En 1957, la Tunisie accède à l’indépendance, sa famille est rapatriée en France. Stive Modica a 16 ans. Il a des difficultés à s'adapter. En 1959, à 18 ans, il s'engage dans le corps des parachutistes. Il est affecté au 3e RPIMa (régiment de parachutistes d'infanterie de marine) et envoyé sur la ligne Morice à la frontière entre l'Algérie et la Tunisie. Son unité participe à plusieurs opérations dans différentes régions d'Algérie (Aurès, Kabylie, Alger, Hodna...) jusqu’à la crise de Bizerte (Tunisie) à l’été 1961.
Après la guerre, il devient mercenaire au Congo puis au Biafra, jusqu'en 1967. Il rentre alors en France, rompt complètement avec son passé de militaire, devient simple ouvrier, et troque le nationalisme pour le syndicalisme et la gauche communiste.
Dominique Moëbs, petite-fille à Alger, rapatriée en 1962. Témoignage recueilli par Raphaëlle Jaillet le 14/06/2019 à Paris.
Dominique Moëbs est née en 1953 à Alger. Elle est encore enfant lorsque sa vie insouciante bascule, en particulier du fait des attentats commis par l'OAS à la fin de la guerre. Son père, sympathisant de l'OAS, est blessé lors de la fusillade du 26 mars 1962. La famille quitte l’Algérie. En France, l’arrivée est difficile, les pieds-noirs sont rejetés, la jeune fille doit faire un effort permanent d'adaptation. Elle évoque le travail de mémoire et lance un message à l’attention de ceux qui vont regarder son témoignage.
Meriem Mokhtari, infirmière au maquis. Témoignage recueilli par Afaf Zekkour le 7/10/2020 à Tiaret.
Meriem Mokhtari, dite « Thaouria » (la révolutionnaire), est née en 1938 à Tiaret, dans le nord-ouest de l'Algérie. Elle grandit dans une famille aisée et a le privilège d’être scolarisée. Les cours assurés par l'association des Oulémas la sensibilisent au nationalisme. Elle prend conscience de l'injustice de l'ordre colonial et en 1956 elle rejoint les rangs de l'ALN au maquis. Elle apprend la mort de son père sous la torture de l'armée française. Au maquis, elle travaille comme infirmière sous la houlette du docteur Youcef Damardji. Elle est arrêtée une première fois en 1957 mais réussi à s’échapper. Elle est arrêtée une 2e fois sur dénonciation, en janvier 1961. Elle est transportée à l’hôpital où elle reste 2 mois, menacée d’assassinat par des membres de l’OAS. Elle est ensuite renvoyée en prison à Alger où elle restera jusqu’en 1962. Depuis sa libération, elle s’est engagée dans la transmission de la mémoire de la guerre d’indépendance.
Jean Montpezat, officier des SAS puis Directeur de cabinet au Consulat général d’Oran. Témoignage recueilli par Nicolas Bove le 11/06/2019 à Paris.
Jean Montpezat est né en 1937 à Pierrefitte-Nestalas, dans les Hautes-Pyrénées. Il étudie à Toulouse. Après une licence de droit puis un DES de droit public, il est diplômé de l'Institut d'études internationales et de recherches pour les pays en voie de développement. En 1960, il est envoyé en mission d'assistance technique au Maroc et sert ensuite comme officier dans les SAS (sections administratives spécialisées) en Algérie de 1961 à 1962. En avril 1962, il est affecté à la Préfecture d’Oran en tant sur directeur de cabinet du préfet. En juillet 1962, il est attaché au consulat général d'Oran. Il rentrera en France à l’automne. Diplômé de l'ENA qu'il a intégrée en 1963, il appartient à la promotion Stendhal (1965), où il a comme camarades de promotion Jean-Pierre Chevènement, Lionel Jospin ou encore Jacques Toubon.
Anne-Marie Mozer, infirmière en Algérie en 1959. Témoignage recueilli par Dorothée Myriam Kellou le 14/06/2019 à Paris.
Anne-Marie Mozer est née en 1934 à Retiers, un village près de Rennes. Elle se marie en 1958. Son mari est appelé en Algérie quelques mois après. Elle le rejoint un an plus tard et exerce comme infirmière à Batna de mai à novembre 1959. Ses fonctions d’infirmière lui permettent d’observer la société coloniale. Elle découvre la misère de la population algérienne.
Kamel Ouartsi, officier de l’ALN. Témoignage recueilli par Mohamed Abdelatif Baala le 18/08/2020 à Alger.
Kamel Ouartsi est né en 1939 à Guelma dans le Nord-Constantinois. Sa conscience nationaliste s’éveille très tôt, dès les massacres qui suivent les manifestations du 8 mai 1945.Certains de ses proches en ont été victimes. Kamel Ouartsi participe aux grèves étudiantes de 1956. Il est arrêté et torturé. Au lendemain de sa libération, il monte au maquis puis est envoyé en Tunisie auprès de l'armée des frontières. Sa formation d'officier l’amène en Syrie, en Irak, en Egypte et à nouveau en Tunisie. A la frontière algéro-tunisienne, il rencontre Houari Boumediene à qui il restera toujours fidèle. Après l’indépendance, Kamel Ouartsi rentre à Guelma, ville déchirée par des luttes fratricides. Il regrette ces dissensions qui continuent à miner l’Algérie d’aujourd’hui.
Héliette Paris, Française d’Algérie. Témoignage recueilli par Denis Leroux le 17/06/2019 à Paris.
Héliette Paris est née dans la banlieue d'Alger en 1944. Ses grands-parents, venus de Franche-Comté, se sont installés en Algérie en 1848, dans une concession de la plaine de la Mitidja, à Sidi-Moussa. Elle passe une enfance heureuse dans la petite ferme de ses parents. Quand elle a l’âge d’aller au lycée, ses parents s’installent à Alger où elle est confrontée à une violence extrême. En juin 1962, elle rejoint la France avec ses parents. Héliette Paris poursuit ses études à la Sorbonne. L’hostilité envers les pieds-noirs est grande, elle a du mal à s’intégrer, se sent étrangère à la France. Elle fait un court voyage en Algérie en 1963 et constate que ce pays n’est plus le sien. Elle coupe définitivement le cordon ombilical avec l’Algérie. Elle cherchera longtemps à comprendre les mécanismes de la colonisation. Elle trouvera des premières réponses au sein de l’association « Coup de soleil », composée des trois communautés qui ont vécu en Algérie (pieds-noirs, juifs, musulmans). Elle témoigne aujourd'hui de son parcours auprès de la jeune génération.
Gérard-Michel Richard, appelé au Sahara. Témoignage recueilli par Denis Leroux le 02/07/2020 à Paris.
Gérard-Michel Richard est né en 1938 à Santes, dans la région lilloise. Il effectue son service militaire dans une unité de génie dans le Sahara algérien entre 1959 et 1961. Il évoque les premiers essais nucléaires français auxquels il a assisté, à Reggane, mais aussi à In Ekker et In Amguel. La vie dans le désert était difficile à cause de la chaleur et de l'isolement mais les soldats y étaient préservés des combats et des dangers qui menaçaient les militaires au même moment dans le nord du pays. Passionné de cinéma, toujours accompagné de sa caméra, Gérard-Michel Richard a rapporté plusieurs films, tournés en Super 8 : des scènes de vie dans les camps de Reggane et d'In Ekker.
Hugues Robert, fils du sous-préfet d’Akbou, Jean-Marie Robert. Témoignage recueilli par Victor Delaporte le 24/06/2020 à Paris.
Hugues Robert est né en 1954 à Meudon. Il est issu d’une famille de militaires qui s’installe en Algérie en 1959, quand son père est nommé sous-préfet de la ville d'Akbou, en Kabylie. Il y reste 3 années, de 5 à 8 ans. Il rentre en France en 1962. Hugues Robert se souvient de la vie quotidienne à Akbou, de ses escapades à la ferme d'à côté où il retrouve une amie kabyle, mais aussi des tensions entre enfants français et algériens à l'école. Il a gardé en mémoire le baisser de drapeau à la sous-préfecture et le départ d'Algérie en juin 1962 qu'il vit comme un déchirement. Des années après la disparition de son père, il retrouve une malle remplie de documents et de notes rédigées par ce dernier pendant ses 3 années passées la sous-préfecture. Il découvre avec émotion et sous un jour nouveau le parcours et le travail de son père à Akbou.
Aujourd’hui, pour Hugues Robert, il est important de témoigner pour que la France regarde en face ces 7 années de guerre, de raconter l’histoire des camps de regroupements, de dénoncer le racisme.
Gérard Rosenzweig, membre d’un commando de l’OAS à Oran. Témoignage recueilli par Denis Leroux le 18/06/2019 à Paris.
Gérard Rosenzweig est né en 1942 à Oran, dans une famille d’origine espagnole et polonaise, très attachée à la France. Il s’engage pour l’Algérie française à partir de 1957, à 15 ans, et rejoint ensuite l’OAS. Entré dans la clandestinité, il participe à des attentats. Après les accords d’Evian, Gérard Rosenzweig participe à la politique de la terre brûlée menée par l’OAS puis quitte Oran juste avant l’indépendance.
A la rentrée 1962, il retourne quelque temps à Oran, avant de s’installer définitivement en France.
Roger Saboureau, militaire de carrière et membre de l’OAS. Témoignage recueilli par Raphaëlle Jaillet le 12/06/2019 à Paris.
Roger Saboureau est né dans les Deux-Sèvres en 1935. Militaire de carrière, il arrive en Algérie en mai 1956. Il y reste jusqu'en 1961, essentiellement au sein du 9e régiment de chasseurs parachutistes. En 1958, il participe à la bataille des Frontières de Souk Ahras puis devient officier de renseignement pendant le plan Challe. En janvier 1960, l'épisode des barricades marque le début de sa défiance envers de Gaulle. Déçu par les changements de position du chef de l’Etat, Roger Saboureau participe au putsch d'avril 1961 et s’engage à l'OAS. Il regagne la France en juillet 1961, affecté aux chasseurs alpins à Annecy. Il est arrêté et inculpé en 1962 pour "complot contre la sûreté de l'état et reconstitution de ligue dissoute" et reste incarcéré quelques mois.
Dans son témoignage, Roger Saboureau évoque le quotidien en Algérie dans les villages du Constantinois et à Alger. Il aborde également la question de la torture.
Slimane, habitant de la cité Mahieddine à Alger. Témoignage recueilli par Marc André le 12/06/2019 à Paris.
Slimane est né en 1944 à Alger. Il grandit dans la cité Mahieddine, une immense cité populaire. Il se souvient notamment des émeutes de décembre 1960 : quand la cité apprend que Français d’Algérie manifestent violemment leur soutien à l’Algérie française, elle se soulève et aux cris de « Algérie algérienne ». La répression est terrible et tourne au massacre. Sur les Français d’Algérie, l’armée utilise des lacrymos, mais sur les Algériens, elle tire à balles réelles. Slimane se rappelle également que sa famille a hébergé Krim Belkacem qui se cachait villa Mahieddine. En tant que scout musulman, Slimane soigne plusieurs fois des blessés lors d’attentats de l’OAS ou de manifestations, dans un dispensaire implanté au milieu de la cité. En 1968, Slimane se rend en France pour y suivre des études de prothésiste dentaire. Il y fera toute sa carrière.
Pierre Thomas, officier de police affecté au Deuxième bureau. Témoignage recueilli par Nicolas Bove le 23/06/2020 à Paris.
Pierre Thomas est né en 1934 au Maroc de parents lorrains. Il grandit entre la France et le Maroc selon les affectations de son père, militaire. Il reçoit une éducation stricte. Il suit des études de droit jusqu’en 1955 puis fait son service militaire. Il est envoyé à Colmar en Alsace au 152e régiment d’infanterie mécanisée. Il passe le concours pour entrer dans la Police. Il est d'abord affecté aux Renseignements Généraux à Paris mais ce poste lui déplaît. Il demande à partir en Algérie où il est affecté à Oran, au 2e bureau, et plus précisément au sein du CRA (Centre de renseignement et d'action), de 1957 à 1961. A la fin de l’année 1961, il rentre en France, et poursuit sa carrière dans la police.
Jacques Vogelweith, officier de réserve. Témoignage recueilli par Denis Leroux le 18/06/2019 à Paris.
Jacques Vogelweith est né en 1938 à Remiremont dans les Vosges. Il fait des études d’ingénieur avant d’être appelé en 1961 et d’intégrer l'École militaire d’infanterie de Cherchell en Algérie qui forme les officiers de réserve. En sortant de l'école militaire, il choisit le 152e régiment d'infanterie mécanisée qui assure une mission de « maintien de l’ordre » à Alger. En novembre 1962, Jacques Vogelweith est affecté au camp de réfugiés harkis de Zéralda. Il y restera jusqu’en mars 1963. Il participera à plusieurs opérations de sauvetage et d’exfiltration des harkis.
Dominique Wallon, président de l’UNEF et artisan du rapprochement UNEF-UGEMA. Témoignage recueilli par Julie Maeck le 24/06/2020 à Paris.
Dominique Wallon est né à Paris en 1939. Il intègre l'Institut d'études politiques (IEP) de Paris en octobre 1956 et mène en parallèle des études de droit. Il entre à l'UNEF (Union nationale des étudiants de France), syndicat étudiant qui milite contre la guerre en Algérie. Devenu président de l’UNEF en 1960, il fait un voyage "d'information" en Algérie à l'invitation de l'Amicale de Sciences-Po d'Alger. Nommé « monsieur Algérie » de l’UNEF, Dominique Wallon participe à la reprise des relations entre l'UNEF et l'UGEMA (Union générale des étudiants musulmans algériens), une association proche du FLN, alors illégale en France. Cette collaboration entre l’UNEF et l’UGEMA donne notamment lieu au communiqué commun des deux associations étudiantes, signé à Lausanne le 6 juin 1960, qui prône des négociations avec le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne). En 1962, Dominique Wallon intègre l’ENA puis poursuit sa carrière dans la haute fonction publique et au ministère de la Culture.
Ahmed Yahiaoui, militant du MNA. Témoignage recueilli par Marc André le 07/07/2020 à Paris.
Ahmed Yahiaoui est né en 1942 à Nedroma, dans le département de Tlemcen. En 1949, sa famille s’installe dans le nord de la France où son père tient un café garni fréquenté par des militants messalistes. Là, Ahmed Yahiaoui assiste à des réunions politiques et s’engage au MNA en 1961. Il témoigne des luttes fratricides entre militants FLN et militants MNA, des rencontres avec Messali Hadj à Gouvieux, ainsi que de ses activités militantes après l'indépendance.
Mohand Zeggagh, militant du FLN en France Témoignage recueilli par Marc André le 13/06/2019 à Paris.
Mohand Zeggagh est né en Kabylie en 1938. A 15 ans, il part en France, où il rencontre des militants nationalistes algériens qui l'initient à la politique et au maniement des armes. Il adhère au FLN en 1955, il a 17 ans. Ses actions sur le terrain entraînent son arrestation. Il est emprisonné à Fresnes puis à Loos, près de Lille, jusqu'au cessez-le feu en 1962. Au lendemain de l'indépendance, il travaille comme commissaire de police à Alger durant 6 mois avant de devenir, de 1963 à 1965, conseiller de Hadj Ben Alla, responsable du parti et président de l’Assemblée nationale.
Slimane Zeghidour, enfant kabyle déplacé dans le camp de regroupement d'Erraguene. Témoignage recueilli par Dorothée Myriam Kellou le 07/07/2020 à Paris.
Slimane Zeghidour est né en 1953 dans un village de montagne de la petite Kabylie, El Oueldja. Deux événements bouleversent radicalement la vie de sa communauté qui vit sans école, sans route, sans électricité, sans médecin, sans informations : Sétif en 1945 et la construction du barrage d'Erraguene. En effet, c’est dans le camp de regroupement d'Erraguene que les familles de la région sont regroupées de force en 1957. Avec son regard d'enfant, Slimane Zeghidour se souvient du référendum de 1958, la première fois où ses parents purent voter et de l'indépendance en 1962. Mais il livre aussi son regard d'adulte sur le traumatisme de la guerre qui a détruit la paysannerie, la société et les valeurs qui la guidaient et sur les conséquences encore tangibles aujourd'hui d'une autre guerre qu'il considère comme toujours non soldée : la guerre algéro-algérienne.
Bernard Zimmermann, instituteur oranais d’origine espagnole. Témoignage recueilli par Raphaëlle Jaillet le 12/06/2019 à Paris.
Bernard Zimmermann est né à Oran en 1940 dans une famille originaire d’Espagne, arrivée en 1890 en Algérie. Devenu instituteur, il est nommé à Kristel, un village de pêcheurs algériens à 18 kilomètres d'Oran, réputé pour être une zone FLN. Là, il prend conscience du poids de la situation coloniale sur les rapports sociaux dans l'Algérie coloniale. Il enseigne la lecture et l’écriture du français aux enfants algériens de son cours préparatoire d’initiation. L’OAS prononce une condamnation à mort à son encontre: en continuant à faire classe à ces enfants, il a désobéi aux ordres. Il rejoint la France avec sa famille à l'été 1962 puis retourne en Algérie en 1964. Il y reste 2 ans avant de regagner définitivement la France. Aujourd'hui, il participe à de nombreuses rencontres avec des lycéens.
L'historienne Raphaëlle Branche, spécialiste du conflit, et le réalisateur Rafael Lewandowski, ont écrit et réalisé la série «En guerre(s) pour l'Algérie». Ils ont également coordonné l'ensemble des entretiens avec les 66 témoins.
Cette série d’entretiens a été coproduite par l’INA et ARTE France.
La collection d’entretiens patrimoniaux « En guerre(s) pour l’Algérie » rassemble 66 témoignages d’hommes et de femmes qui ont vécu la guerre d’Algérie (1954-1962).
Ces récits individuels ont été recueillis en France et en Algérie de 2019 à 2021 par une équipe d’historiens, de journalistes et de documentaristes, sous la direction du réalisateur Rafael Lewandowski et de l’historienne Raphaëlle Branche. Ils constituent un corpus représentatif de la diversité des expériences vécues pendant cette guerre : appelés du contingent, engagés et militaires de carrière français, militants indépendantistes (du Front de libération nationale et du Mouvement national algérien) en métropole et en Algérie, combattants de l’Armée de libération nationale, civils algériens, Français d’Algérie, intellectuels et étudiants, réfractaires, personnels de l’administration française en Algérie, membres de l’OAS, supplétifs de l’armée française, porteurs de valise…
Cette collecte de témoignages est inédite. Pour beaucoup, il s’agissait pour la première fois de raconter leur histoire, leur perception des événements et leurs émotions. En les écoutant, on est instantanément immergé dans une dimension profondément humaine de ces expériences de guerre.
En préambule de cette série de témoignages, un entretien avec les auteurs, d’une durée de 17 minutes, est proposé pour permettre de bien cerner le projet, la méthode et l’intention.
Le président algérien Tebboune a publié un décret qui augmente le nombre de circonstances dans lesquelles l’hymne national doit être joué dans sa version intégrale. Or celle-ci comporte un couplet hostile à la France. À quoi rime ce changement ? se questionne la presse maghrébine.
“Ô France ! le temps des palabres est révolu. Nous l’avons clos comme on ferme un livre. Ô France ! voici venu le jour où il te faut rendre des comptes. Prépare-toi ! Voici notre réponse. Le verdict, notre révolution le rendra. Car nous avons décidé que l’Algérie vivra. Soyez-en témoin !”
Ces paroles, prononcées sous un air enjoué, sont extraites du troisième couplet de l’hymne de l’Algérie. Depuis notre rive de la Méditerranée, elles paraissent forcément quelque peu agressives, et c’est peut-être pourquoi, explique le média Tout sur l’Algérie (TSA), “dans les années 1980, sous la présidence de Chadli Bendjedid, les autorités algériennes ont tenté de supprimer ce couplet de la version officielle fixée par la loi. Le motif invoqué était que l’hymne algérien était le seul au monde à citer nommément un autre pays.”
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Ainsi, deux versions de l’hymne se côtoyaient, une courte, bien plus répandue, et une longue, en cinq couplets, qui selon un décret de 1986 “était prévue uniquement lors des congrès du parti (FLN) et l’investiture du président de la République”, détaille le média algérien. Voilà quelles étaient les règles jusqu’à un nouveau décret datant du 21 mai 2023, qui propose désormais de joueur la version longue dans toutes les commémorations et cérémonies officielles en présence du président de la République.
Toutes ? Pas vraiment rappelle le média marocain Le360, puisque “lors de la visite de chefs d’État étrangers en Algérie ou de personnalités militaires au ministère de la Défense, l’hymne algérien sera chanté dans sa version dite ‘abrégée’, c’est-à-dire sans le couplet défiant la France”.
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Une exception qui provoque l’ironie du média de Casablanca, qui écrit :
“En somme, quand les Algériens sont entre eux, Tebboune les exhorte à chanter à tue-tête le couplet haineux de la France. Et, quand ils sont en présence d’un hôte étranger, on joue la variante expurgée, qui fait l’ellipse de la France.”
L’attaque au voisin maghrébin – avec qui Rabat entretien de nombreux contentieux – se poursuit ensuite avec une analyse géopolitique (qui semble quelque peu partielle) des rapports qu’entretiennent Alger et Paris.
“Donc, au moment où Macron ne parle que d’apaisement avec l’Algérie et où une commission mixte d’historiens français et algériens a été nommée, en janvier 2023, pour plancher sur un dialogue mémoriel, basé sur les archives de la colonisation et la guerre d’indépendance, voilà que Tebboune fait un grand pas en arrière et ressuscite un couplet qui avait disparu de l’hymne national algérien depuis 1986”, attaque le média marocain.
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Toutefois, à en croire TSA, les choses ne seraient pas si simples. Car si, effectivement, la version longue était prévue, selon le décret de 1986, uniquement lors des congrès du FLN et l’investiture du président de la République, l’article 7 dudit décret statuait cependant qu’“il peut être procédé à l’exécution de l’hymne national dans des circonstances ou situations spécifiques, dans sa version intégrale ou réduite, selon le cérémonial fixé par […] : instruction du secrétaire général de la présidence de la République à l’occasion de certaines visites des hôtes de l’Algérie, arrêté conjoint entre les ministères de la Défense nationale, l’Intérieur et la Culture à l’occasion des cérémonies et commémorations nationales avec présence des autorités locales ; et arrêté commun entre le MDN, le ministère de la Culture et les ministères concernés dans tous les autres cas […].”
Un décret pour “lever l’ambiguïté”
Ainsi, si on examine le texte dans le détail, pour le média algérien “ce décret ne fixait pas clairement quand l’hymne national peut être exécuté dans sa version intégrale ou réduite”, c’est pourquoi “ce nouveau décret est en somme une manière de lever l’ambiguïté et de formaliser les choses”.
D’autant plus que, conclut TSA, “dans la pratique, l’exécution du couplet citant la France a été rétablie depuis quelques années. Il a été notamment exécuté lors de la cérémonie d’investiture du président Abdelmadjid Tebboune le 19 décembre 2019.”
Les deux réalisateurs ont collaboré pour la création de ce film remarquable, combinant avec habileté le grand spectacle historique et la tragédie théâtrale. Ce long métrage aborde l’histoire et le parcours de Zaphira, la souveraine qui aurait tenu tête au pirate Barberousse en 1516.
Ce récit sera sur les grands écrans dès le 23 juin 2023. La projection est programmée dans un premier temps dans les wilayas d’Alger, Oran et Constantine. Les autres wilayas s’ajouteront dans la liste de projection progressivement.
Le centre algérien pour le développement du cinéma ainsi que MD Ciné assureront la distribution du film.
Sorti le 19 avril dans les salles de cinéma françaises, le film suscite toujours l’engouement. Il avait attiré dans un premier temps 24 000 spectateurs dès sa première semaine d’exploitation et s’était hissé à la 20ᵉ place du classement sur le site.
Ces résultats sont d’autant plus remarquables pour un film de production étrangère au budget moyen, qui a également fait face à des difficultés de diffusion. Les réalisateurs avaient confessé avoir rencontré des obstacles lors du financement de ce projet.
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a décidé de réintroduire dans l’hymne national un couplet visant directement la France. Les explications de Laurent Neumann dans "Apolline Matin", ce vendredi sur RMC et RMC Story.
Les relations de la France avec Abdelmadjid Tebboune, président de la République algérienne, viennent à nouveau de s’assombrir… Depuis son élection en décembre 2019, le président algérien ne cesse de souffler le chaud et le froid sur la relation Paris-Alger. Le chaud, en mars dernier, quand il se réconcilie avec le président Emmanuel Macron en promettant de relancer la relation bilatérale entre les deux pays. Le froid avec la décision qu’il vient de prendre de réintroduire dans l’hymne algérien le 3e couplet qui, depuis un décret de 1986, n’était plus chanté que lors des congrès du FLN ou l’investiture du président algérien.
Un couplet qui vise directement la France: "Ô France ! Le temps des palabres est révolu, nous l'avons clos comme on ferme un livre. Ô France ! Voici venu le jour où il te faut rendre des comptes. Prépare-toi ! Voici notre réponse. Le verdict, notre révolution le rendra, car nous avons décidé que l'Algérie vivra".
Du coup, l’hymne algérien, composé en 1955 par le poète et fervent militant indépendantiste Moufdi Zakaria, et adopté en 1963, quelques mois après l’indépendance, devient ainsi le seul au monde à citer un autre pays, a fortiori pour l’attaquer.
UN VOYAGE EN FRANCE REPORTÉ SINE DIE
Pourquoi un tel geste d’hostilité? D’abord, ce passé qui ne passe pas, les blessures non refermées de la guerre d’Algérie. Ensuite, la personnalité ambivalente de Tebboune, né en 1945 à Mechria, en Algérie, alors considérée comme un département français, et membre du FLN depuis plus de 50 ans. Et surtout le contexte diplomatique tendu entre Paris et Alger. Il y a eu la crise des visas pour "punir" Alger de ne pas reprendre ses ressortissants faisant l’objet d’une OQTF. Puis une vraie brouille quand Paris a aidé à exfiltrer de Tunis vers la France une opposante franco-algérienne, sous le coup d’une condamnation en Algérie.
Du coup, le voyage de Tebboune en France prévu le 2 mai dernier a été reporté en juin. Or, non seulement la date n’est toujours pas fixée mais, en guise de pied de nez, Tebboune vient d’achever ce jeudi un voyage d’Etat de trois jours à Moscou. Ajoutez la récente interview d’Edouard Philippe dans L’Express qui veut dénoncer le traité franco-algérien de 1968 qui définit les conditions d’accueil et de séjour des Algériens en France… Le temps est à l’orage.
Une question posée en 1972 et qui n’a toujours pas de réponse
par Jules Roy
Dans ces terribles pages adressées en 1972 au général Massu, l’écrivain Jules Roy a égrené en une saisissante litanie, une liste de noms d’Algériens disparus entre les mains des parachutistes durant la « bataille d’Alger ». Bon nombre d’entre eux ont été identifiés depuis septembre 2018 sur le site 1000autres.org. Quelques décennies plus tard, son apostrophe, « Où sont-ils ? », en espagnol, « ¿ Dónde Están ? », sera tragiquement reprise pour accompagner, d’autre litanies de noms, ceux des disparus victimes des dictatures militaires d’Amérique latine. L’exigence de vérité sur les crimes dont tous ont été victimes est une demande universelle, à Alger comme à Santiago.
Texte extrait de J’accuse le général Massu, que l’écrivain Jules Roy a publié en 1972.
Si nous avons fini par connaître le sort de Maurice Audin, et si Henri Alleg, échappé de vos griffes, a pu faire tant de bruit avec son livre, si des juges ont été contraints d’ouvrir des instructions, et si des tribunaux ont pu convoquer des témoins à leur barre, c’est que les accusateurs étaient des nôtres. Mais les autres, général Massu ? Les milliers d’autres ? La pauvre troupe des militants et des non-militants, des suspects et des innocents, des poseurs de bombes et de ceux qui n’étaient coupables que de s’appeler d’un nom arabe ou d’habiter la Casbah, des anciens tirailleurs qui croyaient être épargnés en tendant à vos officiers la liste des citations gagnées sur les champs de bataille de nos guerres à nous et qu’on déchirait sous leurs yeux en leur disant : « Voilà ce que la France vous répond… », la triste, longue et innombrable multitude des misérables aux dents brisées et à la tête fracassée, aux poitrines défoncées, au dos déchiré, aux membres disloqués, cette misérable armée d’éclopés et de bancals, abrutis par les humiliations, ces héros de la honte ou ces naïfs que vous avez rendus enragés, où sont-ils ?
Où sont-ils, les journaliers de la rue Annibal, les boulangers, les manœuvres et les dockers de l’impasse du Palmier, les comptables et les magasiniers, les bijoutiers et les laitiers de la rue de la Lyre, les conducteurs et les receveurs de trolley-bus de la rue Caton, les commerçants, les chauffeurs, les imprimeurs de la rue des Coulouglis, les instituteurs, les maîtres d’internat, les médecins et les infirmiers de la rue de Chartres, les menuisiers et les coiffeurs de la rue Kléber, les cafetiers de la rue Bruce, les jardiniers de la rue du Sphinx, les cordonniers de la rue du Chat, les employés d’administration, les caissiers de la rue Salluste, les chauffeurs de taxi de la rue des Abencérages et de la rue du Divan, les bouchers de la rue du Centaure, les gargotiers, les marchands de légumes de la rue Jugurtha, les cheminots, les épiciers, les brocanteurs de la rue Marengo, les laitiers, les forains, les pâtissiers, les tailleurs de la rue de la Gazelle, les fleuristes, les miroitiers, les camelots et les plombiers de la rue de la Girafe et de la rue des Lotophages, tous ceux que vos bérets rouges, vos bérets noirs ou vos bérets bleus allaient cueillir parfois dans les bains maures ou dans les mosquées, déversaient dans les chiourmes de Beni-Messous et de Ben Aknoun, enfermaient dans les grottes de vos villas des hauts d’Alger et du Sahel, enchainaient quelquefois par le cou et par les mains les uns aux autres comme des bêtes et interrogeaient pendant des nuits et des nuits avec des tenailles, des électrodes et des cigarettes, tous ceux que vous arrêtiez parce qu’ils étaient trop bien habillés ou qu’ils avaient une tête qui ne vous revenait pas, que vous battiez jusqu’à ce qu’ils s’évanouissent, que vous entassiez dans ce que vous appeliez des centres d’hébergement munis de souterrains et d’abattoirs ou que vous transfériez dans vos ateliers de la Corniche et de l’allée des Mûriers, oui, où sont-ils ? Où sont les quatre-vingt-dix malheureux asphyxiés au printemps 1957 dans des cuves à vin de quelques domaines de la Mitidja, et comment se nomment ceux qu’on trouvait sur les plages et sur les brise-lames du port, ligotés dans des sacs ? Où sont-ils, ceux que parfois, quand un avocat demandait de leurs nouvelles, vous déclariez avoir remis en liberté ou ne figurant pas sur vos fichiers, ou enfuis ? si nombreux que la préfecture d’Alger et certains secteurs avaient dû imprimer des circulaires pour répondre que les enquêtes n’avaient pas permis de retrouver leur passage, ceux à propos desquels Mme Massu, présidente de « l’Association pour la formation de la jeunesse », demandait des autorisations de visite, les jeunes, les vieux les pères de famille et les orphelins, les garçons dont les mères folles de douleur venaient pleurer en silence devant les commissariats de police et les casernes ? […]
Comment savoir, n’est-ce pas, ce que sont devenus tous ces Abdeddaïn*, ces Abou, ces Achache, ces Adder, ces Aït Saada* (ce qui veut dire les fils du bonheur), ces Amraoui qu’on a entendu crier toute une nuit, ces Asselah*, ces Ayadi et Ben Ali*, ces Bachara et ces Benbraham qu’on a ramenés chez eux pour fouiller leur maison, puis rembarqués, ces Barkate et ces Ben Moulay, ces Bendris* et ces Baziz, ces Bécha et ces Bouabdallah* et ces Bouchakour, ces Bouderbel et ces Bouzid*, ces Chouchi et ces Cheddad, ces Dahmane* et ces Djegaoud, ces Diffalah et ces Djafer, ces Djanaddi, ces Douadi dont on a seulement repêché le portefeuille et les papiers, ces Djouder, ces Essghir, ces El Keddim, ces Fadli, ces Gaoua et ces Guenndour, ces Hamdani et ces Hammache, ces Issaadi*, ces Kaïm, ces Kadem*, ces Kherfi, ces Kherbouche, ces Laghouati, ces Mahieddine* et ces Mabed*, ces Madjene, ces Mammeri, ces Merouane* dont on a volé les économies, ces Mimoun, ces Moktari, ces Nourine et ces Nachef, ces Ouamara* et ces Ouaguenouni, ces Rahim, ces Sadfi*, ces Sadi, ces Sakani, ces Sifaoui dont les corps ont été arrosés d’essence et brûlés, et tous les Slimi les Taalbi*, les Tabarourt, les Tazir*, les Touati, les Yaker, les Younsi, les Zouïche, les Zergoug*, les Zigara et les Ziane, où sont-ils Vierge souveraine ? En quel martyrologe figurent-ils puisque vous avez ordonné que « le secret le plus absolu » devait être assuré en ce qui concernait « le nombre, l’identité et la qualité des suspects arrêtés » ? Tous échappés, tous victimes, selon vous, de règlement de comptes. En vérité tous libérés d’une rafale de mitraillette ou étouffés la tête dans un seau d’eau, tous enfouis sous la chaux dans les fosses, tous brisés, tous écrasés. Par vous.
Si vous l’osez, général Massu, demandez-leur d’intercéder pour vous le jour du jugement dernier [1].
Pourquoi ce texte ?
par Fabrice Riceputi
L’incipit du livre J’accuse le général Massu que l’écrivain Jules Roy a publié en 1972 et dont ce texte est extrait est : « Nous commencions à oublier ». Le pied-noir Jules Roy veut parler des horreurs d’une guerre terminée depuis dix ans et qui l’a mortifié. S’il écrit ce « J’accuse », c’est que, quelques mois plus tôt, le général Massu s’est offert un nouveau moment de gloire médiatique en publiant un livre, assez drôlatiquement intitulé « La Vraie Bataille d’Alger » et qui fut un colossal succès commercial. L’ancien commandant de la 10eme Division Parachutiste prenait ainsi la part qui lui revenait de droit dans l’exploitation d’un juteux filon éditorial français : le mythe d’une « bataille d’Alger » remporté sur « le terrorisme » FLN, héroïsant sans vergogne les acteurs d’une sanglante répression de plusieurs mois. Ce filon avait été ouvert dès 1960 par Les Centurions de Jean Lartéguy — un million d’exemplaires —, ce roman de gare ayant lui-même été adapté en 1966 dans un film hollywoodien à succès. On pouvait notamment y voir Anthony Quinn incarner Marcel Bigeard et Claudia Cardinale Djamila Bouhired.
Massu fait dans ce récit « l’apologie d’une torture fonctionnelle, comparable à l’acte médical du chirurgien ou du dentiste » (Pierre Vidal-Naquet). Et il est donc à nouveau partout, notamment à la télévision où, débonnaire et modeste, il est longuement interviewé par un Pierre Dumayet qui ne le malmène pas particulièrement [2].
Jules Roy est de ceux — peu nombreux — qui s’étranglent alors à la vue de l’obscène succès public de l’homme qui dirigea à Alger en 1957 un cataclysme de torture et d’assassinats. Dans ces 120 pages, ce natif d’Algérie, catholique comme Massu, ancien de la France Libre comme Massu, ancien d’Indochine comme Massu, y interpelle violemment le général auquel il rappelle avoir pour sa part préféré quitter une armée française qui se comportait en Indochine, dit-il déjà en 1952, « comme les S.S. ».
L’assaut est rude : « ce qu’on avait répugnance à remâcher, vous l’avez vomi. Comme ça. D’un coup. Et vous nous obligez à marcher dedans. » (p. 17). Sans doute Jules Roy espère-t-il un procès en diffamation qui fournirait l’occasion d’exposer les crimes de l’armée française. Mais, en dépit de la gravité des attaques portées à son encontre, Massu ne réagit pas.
C’est que ce brûlot très littéraire est plus sérieusement documenté qu’il n’y paraît au premier abord. Jules Roy s’est notamment informé auprès de son ami Paul Teitgen [3], comme en témoigne sa mention de « circulaires » imprimées par la Préfecture pour répondre aux demandes d’information des familles sur leurs disparus. L’affaire des 90 « suspects » morts asphyxiés dans des cuves à vin est avérée [4].
Et aucun des noms, des métiers et des adresses qu’il égrène ici dans une terrible litanie ne sont évidemment inventés. Jules Roy les extrait du Cahier Vert, publié en 1959 par Jacques Vergès, Michel Zavrian et Maurice Courrégé [5]. En août 1959, ces avocats, en dépit de l’obstruction policière, avaient recueilli en quelques jours à l’hôtel Aletti quelques 150 « plaintes » de proches de disparus entre les mains des militaires. La justice française n’en ayant cure, ils adressèrent ces plaintes à la Croix Rouge internationale, qui ne semble pas en avoir fait quelque chose.
La plupart de ces disparus réclamés par leurs familles avaient été enlevés par les parachutistes à Alger en 1957. Aujourd’hui, ils figurent avec 900 autres sur le site 1000autres.org. Pour nombre d’entre eux, dont les noms sont ici suivis d’un astérisque, leurs proches ont répondu à l’appel à témoignage lancé en septembre 2018 sur ce site et ont confirmé et raconté leur disparition définitive, fournissant parfois, quand ils en disposent, des documents relatifs au disparu, ainsi souvent que sa photographie.
[1] Jules Roy, J’accuse le général Massu, Le Seuil, Paris, 1972, p. 74-79.
[4] « Dans la nuit du 14 au 15 mai 1957, 41 prisonniers algériens sont morts asphyxiés dans des cuves à vin à Aïn-Isser (Tlemcen). Seize détenus subissent le même sort à Mercier-Lacombe (Sidi Bel-Abbès), le 16 avril 1957, le 27 juin 1957 à Mouzaïa-ville (Blida) 21 autres Algériens périssent dans les mêmes conditions. » Pierre-Vidal Naquet, Les crimes de l’armée française, Paris, Maspero, 1975.
[5] Les Temps Modernes, n°163, septembre 1959, « Le « Cahier Vert » des disparitions en Algérie » ; Jacques Vergès, Michel Zavrian, Maurice Courrégé ; Les disparus, le cahier vert, Lausanne, La Cité, 1959 ; Pierre Vidal-Naquet, « Le cahier vert expliqué », in Les crimes de l’armée française, Maspero, 1975.
«l'État s'engage à protéger les membres de la Communauté nationale à l'étranger et à appuyer leur contribution au développement du pays» (51ème engagement électoral du Président Abdelmadjid Tebboune).
Cet engagement a été, en grande partie, concrétisé à travers la réduction des prix des vols pour préserver ses liens avec la Patrie, l'accès à la retraite auprès de la Caisse nationale des retraites (CNR), et d'autres incitations visant à alléger le poids de l'éloignement du pays.
Qui sont-ils ces émigrés ?
Aux premiers jours de juillet, des milliers de voitures, le porte-bagages chargé à bloc, affluent sur les autoroutes de France. Direction l'Algérie ! Ce que mes parents essayaient de faire, c'est de créer un lien entre leur passé à eux et notre futur à nous (*) ; pour eux, ce retour aux sources est une nécessité, un devoir familial même car c'est le seul moyen de transmettre l'amour du pays à leurs enfants nés en France. Pour les enfants, ils attendent de cette immersion sur la terre de leurs ancêtres des clés pour mieux comprendre leur identité. Entre pays fantasmé et réalité, cette confrontation avec le bled est le temps de la vérité. Selon une analyse réalisée par l'Institut national français des Etudes démographiques (Ined), l'Algérie figurerait parmi les 15 pays qui fournissent le plus de migrants au monde. Pour l'Aida (Association internationale de la diaspora algérienne) basée à Londres, les Algériens ou personnes d'origine algérienne, vivant à l'étranger en 2018, seraient au nombre de 7 millions d'individus, voire plus ! Un ancien secrétaire d'Etat en charge de la Communauté nationale à l'étranger, avait répondu par cet artifice : « Il y a ceux qui résident à l'étranger de manière régulière et qui sont immatriculés dans nos consulats, ceux qui résident de manière régulière et qui préfèrent ne pas se rapprocher de nos services et sont donc, non immatriculés, et ceux, enfin, qui y vivent de manière irrégulière ou clandestine ». En France, ils seraient 5 millions ! En Amérique du Nord, ils se situeraient entre 120.000 et 140.000 (110.000 au Canada et 30.000 aux USA. Dans les pays arabes, ils seraient quelques milliers et en Afrique quelques centaines.
De ce qui précède, il y a lieu de bien définir les concepts
Jusque-là, on a parlé de migration algérienne car en France, dès 1947, les Algériens deviennent, officiellement du moins, des citoyens appelés par l'administration des «Français musulmans d'Algérie (FMA)». Ils ne sont pas alors considérés comme des migrants étrangers mais comme des migrants régionaux, un petit peu comme les Bretons et les Corses, même s'ils sont, dans les faits, traités durement, guerre d'Algérie oblige.
D'un point de vue juridique, l'émigration algérienne débute officiellement en France, le 5 juillet 1962. Entre 1962 et 1982, la population algérienne, dans ce pays, passe de 350.000 à plus de 800.000 personnes. C'est la première vague. Cette population qui ne cesse de croître, se décuple en générations voyageant, étudiant, commerçant et s'établissant dans les cinq continents ! Les mouvements migratoires de nos compatriotes ont commencé au début du siècle: le plus gros des troupes se trouvent en France où la première phase de migration algérienne a débuté en 1905. La main-d'œuvre qui la compose travaille essentiellement dans les raffineries et huileries de Marseille, ou comme dockers sur les navires. Des centaines d'Algériens sont, ainsi, embauchés dans les mines et les usines du Nord et du Pas-de-Calais, les industries de Clermont-Ferrand et Paris. Dès 1912, on parle d'un véritable mouvement migratoire de 4.000 à 5.000 Algériens qui s'accélère dès 1913, grâce à la suppression du permis de voyage qui était alors requis pour les Algériens en France. La seconde vague migratoire est composée globalement de 80.000 travailleurs et 175.000 soldats venus d'Algérie dans le cadre de la Première Guerre mondiale. Ceux qui ne sont pas sur le front, sont employés dans la production d'armement, le génie, l'aéronautique, les transports et les mines.
La troisième vague débute en 1920 avec une composante kabyle qui reste importante, avec la migration des habitants du nord-ouest oranais qui commencent à gagner du terrain. La quatrième vague débute avec la fin de la Seconde Guerre mondiale, après 1945 où les Algériens occupent des emplois dans les domaines de reconstruction de la France et de la relance économique, dans les mines, la sidérurgie, l'industrie et le bâtiment.
La cinquième vague commence avec la guerre de Libération nationale (1954-1962). Le GPRA est formé, le FLN prend le contrôle de l'émigration qui participe au combat libérateur et à l'effort de guerre.
Emigrés, mal-aimés, là-bas ?
Un sondage réalisé en France, par Ifop/Atlantic révèle que 26% des Français seulement ont une bonne image des Algériens contre 71% des Marocains et 53 % des Tunisiens :
1. existe-t-il un lien entre le déficit d'image dont souffre l'Algérien en France et la façon dont sont intégrés les émigrés et leurs enfants ?
2. sont-ils moins intégrés que les autres Maghrébins ?
3. sont-ils moins défendus au plan des droits ?
Que dire alors de ceux qui ne possèdent ni « titre de séjour ni permis de travail », ces « sans-papiers » qui vivent dans la clandestinité la plus totale échappant même au recensement le plus approximatif ; un ancien ambassadeur français les a situés autour de 350.000, chiffre qu'il faut prendre sous toutes réserves, bien entendu, dans ce qu'il cache comme manipulation politicienne, notamment chez certains politiciens de droite, Eric Ciotti, Edouard Philippe et Xavier Driencourt qui ont pris, notamment la tête de ceux revendiquant, à cor et à cris, la révision des « Accords d'Evian » en matière de circulation des biens et des personnes !
C'est vrai qu'il est difficile de compter des gens dans la clandestinité mais ce qui est aussi vrai c'est que ces personnes sont décidées «à faire leur trou là-bas envers et contre tous» ! À ce propos, le Président Tebboune a rappelé que «l'État algérien était attaché à assurer la protection de ses enfants à l'étranger et à les défendre s'ils sont victimes d'injustices dans leurs pays de résidence, et ce, dans le cadre du respect de la souveraineté de ces derniers. Les représentations diplomatiques du pays avaient été chargées d'assurer la défense de tout Algérien victime de harcèlement ou d'injustice» !
Incompris ici ?
Notre émigration n'est organisée ni socialement ni culturellement et aujourd'hui, on en arrive même à regretter «l'Amicale des Algériens en Europe », organisation sous l'égide du FLN certes, mais qui arrivait, tout de même, à encadrer, peu ou prou, cette population de l'étranger. L'émigration algérienne en France a payé un lourd tribut et a conquis ses lettres de noblesse pendant la Révolution. Les aînés regroupés dans la Fédération de France ont contribué financièrement et plus encore, à faire progresser la lutte de Libération : Mourepiane et les manifestations du 17 Octobre 1961 en sont les marqueurs.
Aujourd'hui, elle continue à être marquée par ses divisions historiques, politiques et même ethniques. Elle est préoccupée par son existence quotidienne car l'émigré, le beur et, paradoxalement, «le Franco-Algérien » est avant tout une condition sociale dont il est difficile d'en sortir.
Il n'en demeure pas moins que ces Algériens-là sont visibles et font étalage de leur amour du pays à chaque occasion et à chaque match de l'équipe nationale de football où ils déploient l'emblème national, une manière comme une autre de manifester leur présence et de se rappeler au bon souvenir de leurs gouvernants.
Peut-on, pour autant, parler de diaspora ?
Oui, à voir et à entendre certaines personnalités publiques françaises d'origine algérienne qui n'ont de cesse d'affirmer leur appartenance à l'Algérie ; on peut citer dans le désordre Isabelle Adjani, Leïla Bekhti, Shéryfa Luna, Smaïn, Rachid Taha, Rachid Bouchareb, Rachid Arhab, Zinedine Zidane, Brahim Asloun et beaucoup d'autres qui appartiennent au monde de la Culture et du Sport. Ou encore Fadéla Amara, Leila Aichi, Kader Arif, Azouz Begag, Nora Berra, Malika Benarab-Attou, Yamina Benguigui, Malek Boutih, Samia Ghali, Bariza Khiari, Tokia Saïfi, Karim Zeribi qui appartiennent au monde de la politique.
Tout ceci pour dire que le potentiel humain existe mais que les mécanismes institutionnels, de ceux qui font actionner les lobbys font défaut comme par exemple le fameux «Conseil Consultatif de l'Immigration» souvent annoncé mais tant de fois différé puis remisé dans les tiroirs de nos instances gouvernementales !
La manne des émigrés
Selon la Banque mondiale, les transferts d'argent des travailleurs émigrés vers les pays en voie de développement devraient augmenter de plus de 6% cette année. L'Inde et la Chine sont les premiers bénéficiaires de ces fonds avec 70 milliards de dollars par chaque pays. En 2012, ces fonds ont atteint le seuil de 406 milliards de dollars, soit une hausse de 6,5% par rapport à 2011. Ces flux devraient encore progresser de près de 8% en 2013, puis de 10% en 2014.
Pour certains pays africains, les transferts des immigrés représentent près de 10% du PIB. Le Nigeria est en tête avec 21 milliards de dollars en 2012, suivi du Soudan, du Kenya, du Sénégal et de l'Afrique du Sud. En Afrique du Nord, le Maroc se taille la part du lion avec plus de 6 milliards de dollars. Les travailleurs émigrés n'hésitent pas à augmenter les sommes envoyées en cas de situation difficile, dans leur pays d'origine.
Emigrés, où sont passées justement, leurs devises ?
Interpellé au sujet de l'apport des émigrés établis à l'étranger, à l'économie du pays, l'ancien ministre délégué chargé de la Communauté nationale à l'étranger d'alors, avait estimé que « leur contribution est insignifiante, les sommes transitant par le canal bancaire ne se hissent pas au niveau souhaité, et comparativement aux seuls voisins maghrébins, nous sommes les derniers ».
Les émigrés maghrébins ont transféré dans leur pays quelque 3 milliards et 15 millions d'euros. Le compte a été donné par la Banque européenne d'investissement qui vient de révéler que les Algériens devancent, en la matière, les Marocains avec 2 milliards et 13 millions d'euros et les Tunisiens avec 84 millions d'euros.
La banque ne dit pas où va cet argent une fois au bled. Selon certains témoignages recueillis auprès des émigrés, cette manne ne sert en aucun cas, le développement économique. Les devises sont échangées « au black ». Même les retraités s'y résignent et en profitent, tout comme les barons de l'informel !
Avec la dépréciation de la monnaie nationale qui s'est traduite par un gouffre entre le taux de change officiel et la cotation du marché parallèle de la devise, les transferts se sont littéralement asséchés, ne représentant que 1,7 milliard de dollars en 2019
Chez nous, la captation des fonds de notre communauté à l'étranger avait compté parmi les pistes ouvertes par le gouvernement lors de la conférence des chefs de missions diplomatiques et des chefs de postes consulaires algériens, qui s'était tenue, dernièrement, avec notamment l'ouverture de représentations d'institutions bancaires algériennes à l'étranger, ne peuvent pas constituer la panacée pour rétablir les liens de confiance perdus avec notre diaspora.
L'absence de mécanismes incitatifs pour mobiliser les fonds de l'émigration par des formules d'accès au logement, au foncier, une politique de prix raisonnable des billets, devenus inabordables, et pour les investisseurs, par l'octroi d'avantages comparatifs qui les amèneraient à placer leur argent en Algérie et pas ailleurs ont contribué à élargir la fracture.*
Pas plus que la représentation de notre Communauté dans les institutions nationales, au sein de l'Exécutif et au Parlement, n'a permis de rendre la voix et les revendications de notre diaspora audibles. C'est l'ensemble de la politique de l'émigration qu'il faudra se résoudre à repenser !*
Quid du retour définitif des émigrés au pays ?
Ce phénomène de retour répandu chez les retraités, s'est étendu, ces dernières années, chez les plus jeunes diplômés et expérimentés qui ont accumulé un petit capital et qui songent à retourner au pays. Apparemment et à les entendre, ils n'éprouvent aucun regret à quitter la France et l'Europe où sévissent, selon eux, le racisme, la discrimination dans l'emploi et le logement.
Un quota de logements doit être réservé à cette catégorie d'émigrés, désireux de participer au développement du pays ; cette formule imaginée par Abdelmadjid Tebboune à l'époque où il était ministre de l'Habitat, si elle devait être retenue par le gouvernement, donnerait la possibilité au bénéficiaire immigré de s'acquitter de l'achat de son appartement en devises.
Conclusion
Bon an mal an, les émigrés viennent au bled passer les vacances ; ils repartent avec le sentiment que le pays est prospère grâce à son pétrole qui est aussi le leur, qu'il regorge de tout et qu'il peut, somme toute, se passer de leur maigre pécule, fut-il libellé en devises !
Et dans l'absolu, « Si l'Algérie d'aujourd'hui est en crise, le rappelait justement un émigré, cela n'est pas de notre fait car beaucoup d'entre-nous laissent tout de même une part de leurs économies dans les caisses des compagnies aériennes, des agences de voyages, des commerçants et participent, ainsi, à l'économie du pays » !
(*) Linda Amirat (Auteure-réalisatrice du documentaire « Bons baisers du bled »)
La politique étrangère de l'Algérie, 1962-2022. Des idéaux de la révolution aux exigences de la realpolitik. Essai de Amar Abba (Préface de Abdelaziz Rahabi). Editions Frantz Fanon, Boumerdès 2022, 440 pages, 1 500 dinars
La couleur est annoncée dès le départ : « La politique étrangère de l'Algérie depuis 60 ans a été, dans son style comme dans son contenu, durant longtemps, plus une diplomatie de mouvement de libération au service d'une idéologie qu'une diplomatie d'Etat ». Quelques causes : « la génération qui a lutté pour l'indépendance est restée (trop) longtemps au pouvoir », l'affirmation des principes, l' « intérêt » étant devenu un « gros mot »... Bref, une approche idéologique, doctrinaire et même idéaliste... Soixante ans après l'indépendance il y a plus de souplesse et de réalisme chez les Algériens qui semblent avoir adouci les arêtes les plus saillantes de leur démarche sur le plan international : « En un mot, ils sont passés (surtout et entre autres avec les Etats-Unis) d'une diplomatie des idéaux à une diplomatie des intérêts ». Le titre en lui-même est bien choisi. Il est juste.
L'auteur n'a pas été avare en sujets, en observations et analyses. Il a ratissé très large fournissant au lecteur tout ce que son expérience (47 années de service) au sein de l'Administration et en poste a pu observer et récolter :
En matière d'action bilatérale (les priorités stratégiques par le voisinage, par la puissance et l'influence, par l'insertion régionale, par le partenariat avec les pays émergents et par le commerce extérieur).
En matière d'action multilatérale (ou la gestion commune de l'interdépendance et des défis globaux).
En matière des moyens de l'action extérieure, ses ressources, les structures et les instruments utilisés pour sa concrétisation et sans lesquels aucune politique étrangère n'est envisageable. Et, l'Algérie possède aujourd'hui l'un des appareils diplomatiques les plus denses pour un pays à revenu intermédiaire : 95 ambassades, 2 missions permanentes, 2 antennes diplomatiques, 20 consulats généraux et 21 consulats, soit 140 postes.
L'Auteur : Né en 1948 à Ighil Mahni (Azeffoun). Etudes à l'Ena (Alger). Longue carrière dans la diplomatie (dont plusieurs postes au Mae) et ambassades en Afrique et en Europe. Retraite depuis 2019. Enseigne à l'Idri (Mae).
Table des matières : Avant-propos/ Préface/ Introduction/ Première partie: L'action bilatérale et régionale et la gestion des priorités stratégiques et des partenariats (5 chapitres)/Deuxième partie : L'action multilatérale sur la gestion commune de l'interdépendance et des défis globaux (7 chapitres)/ Troisième partie : Les moyens de l'action extérieure : ressources, structures et instruments (2 chapitres/ En guise de conclusion/ Acronymes, sigles et abréviations/ Index/ Bibliographie.
Extraits : « Pour fonctionner, un système a besoin d'Etats-pivots qui acceptent de prendre des responsabilités internationales et d'être les garants de ce système », « Monde arabo-musulman (Note : concept) est peu signifiant et ne rend pas justice aux nombreux peuples qui ont apporté une contribution décisive à la civilisation musulmane. Pas seulement par dérision, l'anthropologue algérien Malek Chebel aurait aimé « civilisation arabo-sino-indo-turco-berbéro... musulmane » ( pp 22-23), « Sur le front diplomatique, la Chine a été le premier pays non arabe et la seule grande puissance à reconnaître le Gpra de jure, le 20 décembre 1958, quelques semaines seulement après la proclamation de ce dernier, en septembre 1958 » (p 109), « Sur le plan géostratégique, la Syrie est la première défaite occidentale au Moyen-Orient » (p203), « A présent, le continent africain se trouve, en termes d'ancrage de la démocratie, en bien meilleure posture que la région Mena » (p210), « L'Algérie détient aujourd'hui le triste record de la candidature la plus ancienne à l'Omc (35 ans) » (p296), « L'expression « complexe militaro-industriel » n'a pas été inventée par un dangereux gauchiste mais par le Président Dwight Eisenhower, républicain et conservateur bon teint, en 1951, inquiet du développement de ce complexe dans son pays » (p 321), « Le mensonge n'a pas de place en diplomatie. Il discrédite et démonétise rapidement celui qui le pratique. Que cela soit avec les autorités de son pays ou avec celles du pays où il exerce. Le diplomate doit leur préférer la mesure, la nuance et la sobriété » (p 390)
Avis : Un outil didactique (car très documenté et bien structuré) pour tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin à la politique extérieure de notre pays et au fonctionnement de l'appareil diplomatique national. Mais pas que... Très détaillé, très précis, très long... se lisant facilement... car passionnant. Il vous suffit seulement de commencer et de ne pas abandonner dès les premières pages. Les candidats diplomates vont apprendre, les anciens vont se souvenir et tous les autres (dont les étudiants en sciences humaines) vont mieux comprendre. Outil documentaire incontournable pour les journalistes spécialisés. A conserver comme livre de chevet.
Tout de même une critique : Nos Ae souffrent, à mon sens, d'un manque : pas assez d'ouverture (à l'exception de la sphère militaire et de postes d'ambassadeurs) sur le monde universitaire et des cadres spécialisés et expérimentés (économie et commerce, culture, communication et tourisme...).
Citations : « Les relations entre l'Algérie et la France sont des relations uniques, à nulles autres pareilles. Elles sont, selon un mot resté célèbre de Houari Boumediene, « bonnes ou mauvaises, mais jamais banales... On parle finalement assez peu des intérêts tant ils sont étouffés par l'émotion et le poids des mémoires antagoniques, alors qu'ils devraient être le noyau de leur coopération. Mais, heureusement, ils finissent toujours par s'imposer » (pp 58-59), « Les expériences humaines, dans nombre de régions du monde, ont démontré que les liens spirituels, qu'ils soient islamiques ou chrétiens, n'ont pu résister devant les coups de boutoir de la pauvreté et de l'ignorance, pour la simple raison que les hommes ne veulent pas aller au paradis le ventre creux » (Houari Boumediene, à la Conférence islamique au sommet de Lahore au Pakistan, le 23 février 1974 cité, p 259), « Force est de reconnaître que comme l'histoire est écrite par les vainqueurs, la justice est rendue par eux» (p 346), «La diplomatie est pour la politique étrangère «ce que le vêtement est au corps, ou plus précisément ce que la parole est à la pensée» (Robin Gabriel, 2000, cité p 375), «Les diplomates algériens ont lancé un véritable défi aux lois de la physique : c'est le mouvement qui engendre l'immobilisme» (Abdelmalek Benhabyles, alors Sg/Mae cité, p 387), «Le corps diplomatique est un véritable marché de l'information et que pour en obtenir, il faut savoir en donner » (p392).
L'âge d'or de la Diplomatie algérienne. Essai de Ardavan Amir-Aslani, Editions Media-Plus, Constantine, 2016, 237 pages, 1 250 dinars (Fiche de lecture déjà publiée en juin 2020. Pour rappel, extraits. Fiche complète in www.almanach-dz.com/relations internationales/ bibliotheque dalmanach)
De juillet 1962 et la fin des années 1970, c'est l' «âge d'or de la diplomatie algérienne». Vrai ou faux, mais l'expression est désormais retenue et validée par pas mal d'acteurs, de témoins et d'historiens concernant la politique extérieure menée par l'Algérie.
Il est vrai, et on a tendance à l'oublier avec notre sale manie « zaïmiste », cette politique avait été « expérimentée » par bien d'autres personnes, tout particulièrement, les « diplomates clandestins » militants du Fln et fonctionnaires du Gpra... tous ceux qui ont amené ou forcé la puissance coloniale à reconnaître l'Indépendance du pays. Des jeunes qui, au départ, n'avaient aucune expérience des instances internationales. Ce qui a fait écrire à l'auteur que « Paris a sous-estimé la portée des initiatives de la « cellule diplomatique du Fln » (dont la démarche reposait pourtant sur une stratégie non secrète, celle tracée par le Congrès de la Soummam). Il y avait déjà huit missions implantées à travers le monde et le Dr Lamine Debaghine en fut , dès novembre 1955 un des premiers moteurs. D'autres noms lumineux : Yazid, Mehri, Tewfiq El Madani, Khemisti, Benyahia, Brahimi, Krim Belkacem, Saâd Dahleb, Abbas, Ben Khedda... et d'autres, et d'autres (...)
L'« âge d'or » s'inscrit dans un contexte dominé par la Guerre froide, (...) ...et Alger qui devient la « Mecque des révolutionnaires » et capitale du Tiers-Monde.
Des revers, il y en eut... mais aussi des succès ! (...)
La mort de Houari Boumediene ne va pas changer les fondamentaux. Chadli Bendjedid « conscient de la trace que laisse l'Algérie sur la scène internationale » va, plusieurs fois, affirmer sa fidélité à la politique étrangère de son prédécesseur... (...)
L'Auteur : Français d'origine iranienne. La cinquantaine. Docteur en droit, avocat (d'affaires) au barreau de Paris, conseiller de grandes firmes européennes, essayiste et spécialiste de la géopolitique du Moyen-Orient, s'intéressant beaucoup à la théologie comparée et, de manière générale, au fait religieux. Enseignant à l'Ecole de Guerre économique. Auteur de nombreux ouvrages portant sur les relations internationales... et Colonel (de réserve) de la Gendarmerie nationale.
Extraits : « Entre 1956 et 1962, les émissaires du Fln, puis du Gpra, ont fait irruption sur la scène internationale, conjuguant l'art de la guerre et l'art de la négociation. Souvent durs, retors dans les discussions, ils se sont toujours révélés habiles à exploiter les situations. Ils ont posé les fondements de la « diplomatie à arêtes vives », creuset de la future politique étrangère de l'Algérie souveraine. » (p 36) (...)
Avis : (...) A lire par les anciens diplomates pour se souvenir, par les nouveaux pour apprendre, et par tous les autres pour comprendre.
Citations : « Les rapports entre Paris et Alger oscillent entre attraction et répulsion » (p 40), (...), « Nous n'avons aucun choix à faire entre deux colonialismes ou deux impérialismes. Nous les avons répudiés tous deux et à jamais » (Houari Boumediene, discours, extrait, 13 avril 1971, p 121), « Pour le président Boumediene, les relations internationales sont d'abord, en toutes circonstances, un champ de force » (p 198)
PS :- Ouvrage d'auteur algérien paru à l'étranger... « Le sang ne change pas de couleur », roman de Bouziane Ben Achour, Editions L'Harmattan (collection « lettres du monde arabe »), 160 pages. Le destin croisé de trois femmes au maquis durant la guerre de libération nationale.
-Ouvrage paru récemment en Algérie en langue arabe... « Dictionnaire des écrivains de Mila.Tome 1 », de Fatima Kidouche, Editions Dar Dehili (Mila ?), 378 pages. Recueil de fragments et de textes de près de 80 écrivains de la wilaya.
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