UN LIVRE NOUVEAU ET INEDIT, ECRIT PAR ARNAUD DE VIAL, UN ELEVE OFFICIER DE RESERVE DE CHERCHELL !
PARUTION IMMEDIATE
Cherchell... Un mot riche et dense, pour les élèves officiers de cette extraordinaire Ecole !
GUERRE D'ALGERIE : 1 500 000 APPELES EN SIX ANS
15000 OFFICIERS DE RESEVE SORTIS SUR CETTE PERIODE !
Cherchell ! Enfin un livre sur ces hommes d'exception qui auront étés confrontés à cette superbe aventure!
Une centaine de pages, consacrées à faire revivre ce qui a constitué les heures les plus marquantes et les plus dures pour de jeunes appelés, tous volontaires pour donner le meilleur d'eux même au service de leur pays.
Une élite ? A vous d' en juger à travers ce récit à la fois tendu et plein d' humour, avec un regard sans concession sur ce parcours d' une demi année de formation dans des sections commandées par des instructeurs de haut niveau, ayant pour certains d' entre eux l' expérience du combat...
Entrainement physique au top niveau, instruction tactique, tir et... Sorties sur le terrain, où les ennemis sont présents et bien armés. Voila qui donne du piment à la vie du Cherchellien de base !
DANS LA VIE DE TOUS LES JOURS :
Comment camoufler un roman policier sans se le faire embarquer par l' adjudant de compagnie? Où planquer les grenades fumigènes que l' on réserve pour les bleus de la promotion suivante? comment partager éqitablement nos colis? Voila un savoir faire qui fait concurence à celui distillé par nos instructeurs et tout aussi utile pour survivre dans ces conditions extrêmes...
AU SORTIR DE CHERCHELL NOUS DECOUVRONS EN NOUS DE NOUVEAUX HOMMES!
Un rude combat, et une compétition de tous les jours, mais le début d'une fraternité d' armes qui survivra au delà de la guerre!
Sortir de l' Ecole comme officier et aspirant? Sortir sergent ou deuxième classe? voila le véritable enjeu à relever !
Le deuxième putsch viendra brouiller les cartes : certains d'entre nous devront faire des choix déchirants ! Rejoindre des unités insurgées? Rejoindre des unités attentistes ou encore pro "de Gaulle"?
Et comment oublier ceux d' entre nous qui sont morts après leur sortie d' Ecole dans des circonstances qui ont fait d' eux nos héros
En résumé : un livre émouvant,très documenté, à lire en une seule nuit! Un livre passionné qui se souvient des ces hommes qui ont tout donné!
NOMBREUSES PHOTOS, CARTES, DESSINS ET CARRICATURES!
PARUTION AU PRIX DE 25 EUROS POUR CHAQUE TOME ET SUR COMMANDE DANS CHAQUE LIBRAIRIE!
la confrontation, sans concession, entre la formation reçue à l' Ecole militaire de Cherchell et la brûtale et cruelle réalité du terrain!
Nos adversaires ? Des gens remaquables par leur détermination,leur courage, leur connaissance du terrain, leur savoir faire impitoyable...
UNE SEULE EQUATION, DONT CHAQUE JOUR NOUS DEVRONS TROUVER LA SOLUTION:
LES VAINCRE, OU ETRE NOUS MEME VAINCUS ET ANEANTIS...
DE NUIT ET DE JOUR, PARTAGEZ LA VIE DE CES HOMMES QUI NE POSSEDENT RIEN ET QUI VONT DONNER TOUT CE QU ILS ONT DANS LE VENTRE, PENDANT DES MOIS ET DES MOIS, POUR CONSTRUIRE, AVANT L'INDEPENDANCE, UNE VIE MEILLEURE POUR LES HABITANTS DU DJEBEL ET LE PROTEGER AUSSI DES MASSACRES ET DES EXACTIONS
Comme il a été annoncé il y a quelques mois, son public est très impatient d’accueillir Lounis Aït Menguellet le 11 juin à la salle l’Olympia. Puisque les billets ont été écoulés plusieurs semaines avant le concert, ce qui n’est rien de surprenant, Lounis Aït Menguellet suscite de l’enthousiasme à chaque fois qu’il vient au Canada.
Ça remonte à cinq ans, la dernière fois qu’il a chanté à Montréal. Pour ces admirateurs, cette absence est longue, alors il est difficile de manquer cette occasion de voir leur artiste sur scène.
Pour parler de Lounis Aït Menguellet, ce n’est pas en quelques lignes qu’on peut résumer son parcours artistique riche d’un répertoire musical et poétique. Plus d’un demi-siècle de carrière à son compte.
Jean Amrouche disait dans les chants berbères de Kabylie : « Le poète est celui qui a le don d’Asefru, c’est-à-dire de rendre clair, intelligible, ce qui ne l’est pas. Il voit au fond des âmes obscures, élucide ce qui les angoisse, et le leur restitue dans la forme du poète ».
C’est juste ! Les œuvres musicales de Lounis sont rythmées d’une poésie et de prose ou la sagesse des mots riment avec des sens philosophiques, elles ont marqué toutes générations confondues. D’une manière allusive, ces chansons ont pour effet de rapprocher la personne d’elle-même et l’éloigner des influences négatives. En fait, ces chansons sont un appel à la raison, la prudence et la vigilance.
Il n’est pas un mage, c’est bien un monument de la chanson kabyle. Il a offert tout un patrimoine artistique à une société en quête de son identité, de son Histoire et qui lutte pour son existence.
Venir de loin pour chanter est une marque de respect. Pour le chantre de la chanson Kabyle, c’est une forme de connaturalité qu’il a toujours su entretenir pour maintenir une relation avec son public. Ces derniers concerts qu’il a animés notamment à Alger, Bejaia et Oran, en témoignent.
Samedi 4 janvier, il a donné un concert exceptionnel au Palais des congrès et la culture du Mans (200 km de Paris). Sans oublier qu’il terminera l’année 2022 avec un grand spectacle prévu le 26 novembre à l’Accor Aréna (palais omnisports de Paris-Bercy).
D’ailleurs, ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir un sésame pour le gala du 11 juin à l’Olympia de Montréal ne se sont pas gênés d’exprimer avec désolation leurs désillusions. Sûrement, il reviendra à d’autres occasions.
Pour information, cette manifestation artistique est organisée par une compagnie de planification d’événements, art et spectacle dénommée ME2S Events / Prod. Elle gère des spectacles à la satisfaction des musiciens et artistes qui souhaitent se produire à Montréal. D’ailleurs, le choix de la salle Olympia rentre dans la stratégie de satisfaire le public et l’artiste en même temps, c’est un lieu privilégié des artistes venant du monde entier.
Dernièrement, c’est Rabah Asma qui a fait salle comble pour sa première prestation dans cette salle. En plus, c’est au tour de Allaoua qui se produira le 30 septembre où la vente des billets est déjà entamée et qui sont presque épuisés.
8 mai 1945. Tandis que les tirailleurs algériens de l’armée française célébraient à Paris la victoire des Alliés contre l’Allemagne, leurs frères se faisaient massacrer à Sétif, Guelma et Kherrata. G : Photo12 via AFP
8 mai 1945. Tandis que les tirailleurs algériens de l’armée française célébraient à Paris la victoire des Alliés contre l’Allemagne, leurs frères se faisaient massacrer à Sétif, Guelma et Kherrata. G : Photo12 via AFP
Il y a 77 ans, le 8 mai 1945, jour de la capitulation de l’Allemagne, et tandis que la France et ses alliés célèbrent avec soulagement leur liberté marquant la fin du nazisme, d’autres en sont privés. De l’autre côté de la Méditerranée, dans une Algérie française, un rassemblement pacifiste, organisé à Sétif, une ville du Constantinois à 3 00km à l’est d’Alger, tourne à la tragédie.
La manifestation est autorisée sous certaines conditions : les slogans politiques sont proscrits et le drapeau algérien y est interdit ! Aux : « Vive la Victoire alliée », scandés par la foule, succèdent les « Vive l’Algérie indépendante », « Nous voulons être vos égaux », « Libérez Messali ». Les manifestants, de 8 000 à 10 000 personnes, réclament la fin du colonialisme et la libération de Messali Hadj, un leader nationaliste, arrêté quelques semaines plus tôt.
Après un ordre du sous-préfet de retirer pancartes et banderoles, un scout musulman de 22 ans, Bouzid Saâl, refuse de baisser le drapeau algérien. Il est alors assassiné par un commissaire de police. C’est le début des affrontements avec le pouvoir français. Le mouvement de protestation de la rue algérienne s’étend alors dans les villages des alentours, notamment à Guelma et Kherrata. Il va durer jusqu’en septembre 1945.
Pendant plusieurs mois, toutes les forces françaises sont alors déployées : la police, la gendarmerie, l’armée de terre, l’armée de l’air, la marine mais aussi de nombreuses milices composées de civils d’origine européenne. Tous ont pour but de rétablir l’ordre colonial et défendre l’Algérie française.
A l’époque, le gouvernement français tente de minimiser le nombre de victimes : à peine 1 000 morts selon l’ancienne puissance coloniale. Selon l’histoire officielle algérienne, les émeutes et la répression ont fait 45 000 morts. Des historiens occidentaux avancent, eux, un bilan de 15 000 à 20 000 morts.
Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, marquent les prémices de la guerre d’Algérie qui démarre neuf ans plus tard, le 1er novembre 1954. Des massacres passés sous silence par la France.
Jusqu’en 2005 où une première reconnaissance est formulée par l’ambassadeur de France à Alger Hubert Colin de Verdière qui évoque alors une « tragédie inexcusable ». Son successeur, Bernard Bajolet condamne à son tour en 2008 ces massacres, évoquant la « très lourde responsabilité des autorités françaises de l’époque dans ce déchaînement de folie meurtrière », ajoutant que « le temps de la dénégation est terminé ».
En avril 2015, le secrétaire d’Etat aux anciens combattants et à la mémoire Jean-Marc Todeschini se déplace à Sétif pour, soixante-dix ans après, commémorer les faits. Une première pour un responsable français. Le déplacement de M. Todeschini à Sétif entre dans le cadre de la politique mémorielle annoncée par François Hollande.
Devant le Parlement algérien, en décembre 2012, le chef de l’Etat français dénonce la colonisation, « un système profondément injuste et brutal », et reconnait « les souffrances (…) infligées au peuple algérien », dont les massacres de Sétif, Guelma et Kheratta. « Le jour même où le monde triomphait de la barbarie, la France manquait à ses valeurs universelles », concluait alors le président.
Mais 77 ans plus tard, la France n’a toujours pas reconnu solennellement la responsabilité de l’Etat dans les massacres de Sétif et de Guelma.
L'inauguration s’est déroulée en présence de Pierre Audin, fils de Maurice Audin et le président de l’Association Josette et Maurice Audin, Pierre Mansat, le wali d’Alger, Ahmed Maabed, des autorités locales et militaires et des citoyens.
Le fils du militant de la cause algérienne a exprimé sa "fierté" de se retrouver sur cette place qui porte le nom, de son père, "un partisan de l’indépendance de l'Algérie", a-t-il souligné.
Pour le wali d’Alger, il s’agit d’un jour "important" qui confirme la consécration de "la grandeur et la bravoure de Maurice Audin qui a sacrifié sa vie pour la cause algérienne".
L’historien Français, Christophe Lafaye, a réitéré samedi à Alger, la nécessité d’"ouvrir les archives" pour faire la lumière sur "la guerre des grottes" qu’a menée la France coloniale "dans le silence" contre les Algériens durant la Guerre de libération.
Invité du Forum El Moudjahid, le spécialiste de l’histoire contemporaine a estimé que les Algériens morts asphyxiés dans des grottes par des gaz toxiques sont "rarement identifiés", ce qui nécessite l’ouverture des archives pour l’identification de ces sites qui servaient de refuge pendant la Guerre de libération.
"Des milliers de sites contenant des corps portés disparus pourraient faire l’objet d’une investigation pour leur identification", a-t-il relevé d’où "la nécessité de retrouver les cartes permettant l’exploitation de ces sites", a-t-il ajouté.
A partir de 1956, l’armée française a mené en Algérie "une guerre souterraine" en utilisant des gaz toxiques dans ces grottes transformées notamment en des lieux de combats, d’infirmerie pour les Moudjahidine, mais aussi des refuges pour la population.
En avril dernier, des personnalités françaises dont des historiens, ont lancé un appel aux autorités de leur pays pour que les archives sur le recours aux armes chimiques par l’armée française dans des grottes en Algérie soient ouvertes et consultables.
De son coté, l’ancien membre du ministère de l'Armement et des Liaisons générales (MALG), Dahou Ould Kablia, a estimé qu’en dépit des efforts consentis jusque là, le travail de mémoire lui reste beaucoup de choses pour arriver à la vérité", ajoutant que "toutes les souffrances qu’a endurées le peuple sont encore vivantes dans nos chairs" .
Une étude publiée en novembre 2015 dans la revue Current Biology révèle des résultats fracassants quant au rôle néfaste que joue la transmission de préceptes religieux sur les enfants issus de familles de croyants.
Cette étude, menée en parallèle dans six pays (Canada, Chine, Jordanie, Turquie, USA et Afrique du Sud), concerne la perception relationnelle et la vision qu’ont les enfants de 5 à 12 ans des rapports sociaux dans lesquels ils évoluent. Le but étant d’évaluer leur degré de comportement prosocial, lequel consiste en une quantification de l’intérêt porté à autrui, et leur prédisposition à lui offrir bienveillance et avantage, un bien-être physique ou psychologique, avec l’intention volontaire, voire l’entrain, de lui rendre service (sans contrepartie évidemment) en lui apportant tout réconfort susceptible d’alléger sa souffrance physique ou émotionnelle.
Tout un programme donc, sur lequel repose l’essentiel de l’évolution psychologique d’un enfant, et qui lui permet, une fois adulte, de se faire une vision du monde et de la société qui l’entoure suffisamment assurée pour se transformer en bienfaiteur ou en malfaiteur. Ces comportements prosociaux sont omniprésents dans toutes les sociétés du monde. Ils se forment et se développent dans la phase de croissance primaire chez l’enfant et semblent se structurer à travers des interactions fortes entre génétique et culture, c.a.d. entre l’inné et l’acquis.
Quand on sait que 84% de la population mondiale, soit 5.8 milliards d’êtres humains, se dit pratiquante, d’une religion ou d’une autre, on peut dès lors se permettre de déduire que la foi occupe le pan dominant, celui qui influence sensiblement le développement et l’expression prosociale d’un enfant. Le corollaire évident étant que l’enfant élevé dans un bain dogmatique serait plus enclin à une espèce de bonté morale supérieure. Malheureusement pour les fidèles de tous bords, l’étude démontre tout le contraire, à savoir :
– L’identification religieuse familiale diminue le comportement altruiste d’un enfant.
– À l’inverse, l’anticonformisme religieux ou l’athéisme prédit une grande réceptivité de l’enfant à l’injustice et à l’empathie.
– Les enfants issus de parents religieux font montre de davantage de sévérité avec une forte prédisposition à la punition.
Sans rentrer dans chaque détail révélé par cette étude, un résultat particulier mérite attention : après avoir fait visionner de petites vidéos montrant d’autres enfants se bousculer et se faire trébucher de façon intentionnelle ou non, on leur demande de noter le niveau de méchanceté ainsi que celui des punitions méritées par les fautifs. Résultat stupéfiant : les enfants religieux estiment en moyenne les actes plus répréhensibles et proposent des punitions plus élevées que les athées. Les musulmans étant les plus intransigeants. Dommage que l’étude ne propose pas de châtiment spécifique, comme la « fallaka » ou les 40 coups de fouet, toujours en vogue en Arabie Saoudite ! Nos petits chérubins Mahométans auraient certainement fait exploser la jauge de mesure. D’ailleurs, l’unique punition, sous forme de gifles soutenues, dont je me souvienne, est celle infligée par mon professeur d’arabe, à l’école primaire (juste pour un petit bruit, incongru mais naturel, qui m’avait échappé et que je refusais de confesser).
À l’opposé du fait scientifique, dans le monde de l’abdication mystique, écoutons Malek Chebel (anthropologue algérien disparu en 2016) faire le portrait d’une Europe inquiète face à l’expansion du dernier message des Cieux : « en France, ils sont dans l’expectatif, ils sont inquiets, ils ressentent la force de l’islam mais ne la comprennent pas tout à fait, tout cela est dû à un manque d’informations ». Et de faire part d’une « volonté délibérée de maintenir un degré d’ignorance de l’islam de la part des médias ». Pour notre Docteur es-Sciences-islamiques «si l’islam était bien expliqué, les imams pointeraient à Pôle Emploi, car même les imams de France ont un intérêt à maintenir un degré d’ignorance » !?
Quand on lit ce genre de diatribes, on comprend que tous les musulmans, qu’ils se considèrent intellectuels (d’ailleurs, un intellectuel croyant, c’est quoi au juste ?) ou qu’ils se comportent en extrémistes affermis par le message, le but est le même : réduire la planète entière à vibrer aux rythmes de l’an 622 quels que soient les moyens à mettre en œuvre. Tout se justifie par la même fin.
Seul un détail de forme sépare les uns et les autres : les premiers veulent présenter l’islam comme un message de paix à consommer sans modération et sans questionnement, les seconds comme un message de paix à faire ingurgiter de force par tous les moyens de violences possibles.
Il eût été bien plus utile de chercher les solutions à même de réformer le message coranique en extrayant tous ces versets qui appellent à la haine de l’autre au lieu de chercher à ignorer les menaces, en nous jouant une symphonie de paix assourdissante et incohérente pour mieux en noyer les dangers qu’il véhicule !
Au vu de l’étude précédente et à travers les énoncés de Malek Chebel, on comprend parfaitement le lien indissociable entre génétique et culture, lien qui se traduit par un cheminement intellectuel qui transforme un cerveau, né pour comprendre et être en phase avec un monde qui avance à toute allure, en un crâne noyé dans un univers mystique duquel il est quasiment impossible de s’extraire si l’on y a été immergé dès la petite enfance.
Moralité : Hommes et femmes de tous pays et de toutes couleurs, ne noyez pas vos enfants dans la religion et sa ferveur ! Le monde de demain, le leur, n’en sera que plus fraternel, altruiste et bienveillant, n’en déplaise à Malek Chebel (Que dieu ait son âme) et Tariq Ramadan.
Pour un monde meilleur, une seule solution : interdire la religion aux moins de 18 ans !
Le sociologue et anthropologue linguistique, qui publie un livre en derdja, milite pour que l’arabe algérien, considéré comme un dialecte, devienne une langue littéraire et académique
Dans l’école algérienne, « l’enfant est mis en situation d’apprentissage contraint d’une nouvelle langue, comme l’arabe conventionnel », explique Rabeh Sbaa (AFP/Ryad Kramdi)
Pour son deuxième roman, Rabeh Sbaa a choisi d’innover. Ce sociologue et anthropologue des langues a publié un roman, Fahla, entièrement écrit en langue algérienne, l’arabe dialectal, la plus parlée en Algérie devant le berbère et le français.
L’auteur, également professeur des universités, a utilisé une double graphie, latine et arabe, en attendant la codification de ce qu’il considère comme une « langue à part entière ».
Et pour plaider sa cause, il met en scène une femme, Fahla (femme courage en arabe algérien), dans une société conservatrice qu’elle défie, tout comme la langue algérienne défie les deux langues dominantes dans la littérature algérienne : l’arabe classique et le français.
Middle East Eye : Votre deuxième roman, Fahla, a été écrit en algérien, l’arabe utilisé en Algérie. Pourquoi un tel choix ?
Rabeh Sbaa : Au commencement, il y a le constat d’une absence. L’absence de la langue algérienne du paysage littéraire national, composé seulement de trois formes d’expression dominantes, une littérature d’expression arabe, une littérature d’expression française et, plus récemment, une littérature d’expression amazighe, notamment kabyle.
« Les Algériens ont trouvé dans leur derdja une langue radicale qui a permis d’élever le plafond des revendications »
J’ai constaté que le grand absent de ce triptyque était paradoxalement la langue la plus parlée, la langue du plus grand nombre, la langue algérienne.
J’ai attendu longtemps qu’un de nos littérateurs prenne la décision de combler cette absence. En vain. J’ai alors décidé de le faire et cet acte s’inscrit dans le prolongement de mes préoccupations académiques et de mes recherches universitaires dans le domaine de l’anthropologie linguistique.
C’est de là que provient l’observation à la base de cette genèse. Après de longues années de recherche, d’enseignement et après la publication de plusieurs ouvrages dans ce même domaine, je suis parvenu à la conclusion que la langue algérienne est apte à devenir une langue littéraire et académique. Une langue d’écriture et d’enseignement.
Au même titre que le maltais, l’hébreu ou d’autres langues qui ont quitté leur statut de langues minoritaires ou minorées pour évoluer vers le statut de langues nationales et officielles.
La langue algérienne est capable d’évoluer vers ce statut. Un roman de près de 300 pages écrit dans cette langue est le meilleur gage de cette possible évolution.
La langue algérienne est apte à devenir une langue littéraire et académique. Une langue d’écriture et d’enseignement. Au même titre que le maltais, l’hébreu
D’ailleurs il faudra à l’avenir cesser de parler « d’arabe algérien » car l’algérien n’est pas un arabe acclimaté. L’algérien n’est pas un dialecte. Encore moins un arabe dégradé.
Je ne le répéterai jamais assez : l’algérien est une langue à part entière, avec sa grammaire, sa syntaxe, sa sémantique et toute sa personnalité linguistique. Une personnalité historique qui a été injustement minorée pour des raisons idéologico-politiques.
Il est temps, à présent, de se débarrasser de cette langue d’opacité mortifère ou plus précisément mortifiante. Une langue à la fois mystificatrice et castratrice, qui veut asexuer la langue algérienne. Comme elle l’a fait pendant des décennies pour les langues de matrice amazighe.
MEE : Vous faites partie des rares écrivains algériens et maghrébins à recourir à cette langue, après Kateb Yacine qui l’utilisait dans le théâtre. N’est-il pas judicieux de commencer par la codifier, comme l’a fait par exemple Mouloud Mammeri pour le berbère ?
RS : Nous sommes quelques-uns à travailler depuis plusieurs années sur cette question de la codification. Autant le dire franchement, elle ne se fait pas sans problèmes. Comme c’est également le cas pour la standardisation du tamazight.
Mouloud Mammeri [écrivain et linguiste spécialiste de la langue et de la culture berbère] avait une autre vision et une autre approche de la question linguistique. Il ne s’embarrassait pas des contraintes institutionnelles comme le fait le Haut Commissariat à l’amazighité.
Algérie : cette graphie arabe que l’on veut imposer au tamazight
Les langues algériennes natives doivent briser leurs suffocantes muselières. Les langues de souche amazighe comme la langue algérienne sont vivantes et entières. Et doivent évoluer vers leur objectivation.
L’algérien est incontestablement une langue d’avenir. Car il est d’une souplesse syntaxique et d’une capacité d’absorption lexicale très rare. Il suffit d’entendre la multiplicité colorée de ses sonorités. La plupart des autres langues sont prisonnières de la rigidité de leurs règles grammaticales et syntaxiques. Ce n’est pas le cas de l’algérien.
L’algérien est ouvert à toutes les réceptions, à toutes les variations et à toutes les déclinaisons. Les linguistes avertis savent que dans l’algérien, il existe des mots de l’époque punique, libyque, des mots arabes, turcs, espagnols, italiens, français et beaucoup de vocables puisés dans les différents idiomes berbères.
C’est dans cette perspective que s’inscrit le projet de réhabilitation de la langue algérienne, dont la publication de ce premier roman en algérien constitue l’un des jalons d’une littérature d’expression algérienne. La question de la codification se réglera dans le même mouvement que celui de l’officialisation.
MEE : Vous plaidez pour l’officialisation de cette langue. A-t-on justement les instruments pour cela ? Surtout que dans votre roman, vous utilisez la version oranaise de cette langue, ce qui est légèrement différent des variantes utilisées ailleurs dans le pays.
RS : Il y a quelques années, on disait la même chose à propos du tamazight. L’argument du manque d’instruments n’a pas tenu la route puisque la langue amazighe est, à présent, langue nationale et officielle. Sans que les « instruments pour cela » ne soient tout à fait réglés. Les discussions sont toujours en cours. Je ne pense pas que ce soit un handicap insurmontable. Beaucoup de langues dans le monde l’ont surmonté.
En 2008, la maison d’édition algérienne Barzakh avait traduit en derdja Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry (capture d’écran)
Par ailleurs, vous parlez de « version oranaise » de cette langue. Il faut préciser qu’il s’agit de la même langue dans toutes les régions du pays avec des accents et quelques lexiques qui diffèrent. Pour l’essentiel, il s’agit de la même langue avec la même morphologie, les mêmes constructions syntaxiques, la même sémantique.
Dans toutes les langues du monde, il existe des accents propres à telle ou telle région. Prenez l’accent marseillais, toulousain ou du nord pour la langue française, on ne dit pas qu’il s’agit de plusieurs versions de langues.
La langue algérienne, comme les langues de souche amazighe, sont des langues natives. Les langues natives, maternelles, premières ou encore langues de socialisation réfèrent au même objet, en l’occurrence la ou les langues apprises et parlées à la prime enfance. L’usage habituel du singulier pour ces langues est indubitablement réducteur, dans la mesure où l’on peut apprendre deux, voire trois ou plusieurs langues maternelles.
La situation se complique quand la langue de l’apprentissage scolaire en Algérie n’est aucune de celles-ci. L’enfant est mis en situation d’apprentissage contraint d’une nouvelle langue, comme l’arabe conventionnel pour l’école algérienne. Au détriment de toutes les langues minorées, cet apprentissage linguistique a pour finalité l’accès à des contenus de connaissance, sous forme de messages pédagogiques.
Dans ce cas de figure, la ou les langues maternelles déjà acquises sont en situation de relégation, c’est-à-dire frappées d’inutilité voire de « fautivité » pour l’accès au message pédagogique. Leur minorisation volontairement institutionnelle ou institutionnellement volontaire crée une situation de double contrainte.
La vie de tous les jours, les peines, les joies, les rêves, les amours, les mouvements citoyens, comme le hirak, se vivent en algérien, en français ou dans l’éventail des langues amazighes
La contrainte d’une mise en situation de double apprentissage simultané : apprentissage de langue et apprentissage de contenus de savoir. Apprendre une langue pour pouvoir exprimer des contenus de savoir scolaire, eux-mêmes soumis à l’apprentissage. Un double processus qui contrarie le développement de l’intelligence et de la personnalité de l’enfant et, par conséquent, le développement de son langage.
C’est donc tout l’intérêt d’enseigner dans cette langue et non pas d’enseigner cette langue, comme nous sommes en train de le faire avec le tamazight. L’apprentissage d’une langue est un processus différent de l’enseignement dans cette même langue. C’est pour cela que l’officialisation de la langue algérienne signifie son accession au statut de langue d’enseignement.
MEE : En lisant votre livre, on a l’impression que vous faites un lien entre le personnage de Fahla, la femme iconoclaste qui casse les tabous, et l’usage de votre langue maternelle dans l’écriture. Est-ce le cas ?
RS : Tout à fait. Il existe d’ailleurs dans le corps du roman un véritable plaidoyer pour l’usage de cette langue algérienne dans les institutions scolaires.
J’ai consacré un ouvrage aux dégâts causés par ce qu’on a appelé l’arabisation et qui continue à causer des dégâts. On a voulu sacrifier la sensibilité de l’algérien à une supposée souveraineté de l’arabe. Alors qu’en Algérie, il a toujours existé une multiplicité ethnique, religieuse, culturelle et linguistique.
« Le français est inscrit dans l’humus social algérien » : le match contre-nature de l’arabe contre le français
On a voulu étouffer les langues de la quotidienneté au profit d’une langue de la formalité. Jusqu’à présent, la langue arabe est la langue formelle et rien d’autre.
La vie de tous les jours, les peines, les joies, les rêves, les amours, les mouvements citoyens, comme le hirak [vaste mouvement populaire ayant conduit à la démission d’Abdelaziz Bouteflika], se vivent en algérien, en français ou dans l’éventail des langues amazighes.
Le fait qu’il n’existe aucun roman écrit en algérien indique le poids et la force de l’interdit qui a frappé cette langue, la force matérielle des instruments institutionnels, opposée à la fragilité des élans littéraires, poétiques et imaginationnels.
Un combat inégal ayant pour objectif de confiner les élans libres et désordonnés de la création et de l’imagination hors de toute possibilité de promotion. Une politique délibérée de la castration.
MEE : Dans le fond, Fahla est connue dans la société comme étant une femme courage, une battante. Au-delà de la fiction, est-ce l’idée que vous avez de la femme algérienne ?
RS : Parfaitement. Les femmes algériennes ont toujours été présentes dans les moments fondateurs de la société comme dans ses pires moments de malheur et de douleur.
Nous avons bien des héroïnes qui ont précédé la guerre de libération et celles qui l’ont poursuivie et qui la poursuivent encore. Dans le cas de figure de Fahla, qui s’inspire d’un fait réel et daté, en l’occurrence l’assassinat d’un poète incarnant l’image du narrateur sociétal, par les propagateurs des ténèbres, il s’agit d’un événement majeur qui donne l’occasion aux femmes de forcer la porte du cimetière pour assister à son enterrement. Chose inédite dans la société algérienne.
Commence alors un combat, sans répit, contre toutes les formes d’oppression déguisées en morale ou en religion. Les pulsions de vie pour toute une société prennent alors leur départ et leur détermination à partir du lieu de la mort.
Nabil Wakim : « Il y a en France une confusion qui est faite entre l’arabe et l’islam »
Fahla, en compagnie de Zahra et Lila, va braver toutes les menaces que charrie la tentative forcenée d’assombrissement de la société au nom de fausses valeurs religieuses, érigées en dogmes.
À ces valeurs mortifères, elles opposent la propagation du Beau. La beauté comme antidote de l’horreur charriant la hideur. Le combat de la beauté contre la laideur. Un combat pour une société où il est possible de vivre dignement et bellement, de penser librement, d’aimer démesurément, et de rêver indéfiniment.
Entre le récit et le roman historique, ce texte est le premier rédigé en algérien dans les deux graphies, arabe et latine.
Fahla ambitionne de jeter les bases de la littérature d’expression algérienne, enrichissant celles qui existent déjà en français, en tamazight et en arabe. Un acte fondateur.
MEE : Votre roman s’articule autour d’une cérémonie funéraire à laquelle des femmes assistent, ce qui est une transgression. N’est-ce pas un clin d’œil à la présence de plus en plus pesante de l’obscurantisme religieux dans la société ?
RS : Plus qu’un clin d’œil. Une dénonciation en règle de l’armée des ténèbres. Le premier chapitre du roman a pour titre « Âskar eddlam zad ghiam âala ghiam », ce qui signifie : l’armée des ténèbres a ajouté un nuage sur un autre nuage.
Fahla est bien entendu le nom du personnage principal, un mot symbole de l’endurance et de la résistance, mais aussi une métaphore pour désigner le courage de tout un pays, « blad fahla », qui ne plie pas devant une succession d’agressions et de forfaitures de toute nature, qui s’acharnent à lui bander les yeux et à lui obturer tous les pores de respiration.
Fahla est bien entendu le nom du personnage principal, un mot symbole de l’endurance et de la résistance, mais aussi une métaphore pour désigner le courage de tout un pays
Ces femmes symbolisent la force, la vigueur et la puissance du combat pour le désir de vivre. Une lutte pour le droit d’exister dans la dignité et la liberté, mais elles luttent également pour une réhabilitation de la beauté. Un combat pour le droit de cité de la beauté. La beauté de vivre, d’aimer, d’écrire et de rêver. Le droit à la joie.
D’ailleurs, Fahla est l’anagramme de hafla, qui signifie fête. Ces femmes luttent pour que la vie soit une fête. Et pour que leur pays respire la fête et non pas la désolation que veulent lui imposer les propagateurs des ténèbres au nom d’une religion qu’ils sont les seuls à connaître et à vouloir imposer. Toute la symbolique signifiante consiste à impulser la vie à partir d’une cérémonie funéraire et d’un lieu de mort.
MEE : Quel est aujourd’hui le poids de cette idéologie dans notre pays ?
RS : Elle ne s’est jamais estompée. Elle est pernicieusement diffuse. Elle s’est insidieusement incrustée dans les institutions, dans le système éducatif et en grande partie dans les esprits. Ce qui rend très difficile son éradication complète.
Mais en contrepartie, la société algérienne a su faire preuve d’une grande résilience.
Quand je dis de l’Algérie que c’est un blad fahla, c’est une métaphore pour dire que la société algérienne, grâce à ses femmes et ses hommes, a réussi à faire reculer cette idéologie sinistre qui voulait la dénaturer en lui imposant des dogmes mortifères et mortifiants.
En Algérie, l’anglais est de nouveau lancé à l’assaut de la francophonie
Mais quand je dis faire reculer, cela ne veut pas dire faire disparaître. Cette idéologie est toujours présente, de façon rampante et sérieusement menaçante. Les derniers cas de prêches scolaires dans plusieurs écoles du pays l’illustrent bien.
Des enseignants qui se transforment en prêcheurs zélés dans les classes mêmes où ils sont supposés dispenser un programme scolaire sont un signe inquiétant. Un signe de la forte survivance de cette idéologie sinistre.
Heureusement, le poids de la conscience des Algériennes et Algériens est bien présent pour lui faire barrage. De ce point de vue, la société algérienne a beaucoup gagné en vigilance et en maturité. Mais le danger guette toujours.
MEE : Peut-on s’attendre à d’autres publications de ce genre dans l’avenir ?
RS : Non seulement j’ai largement entamé l’écriture d’un roman dans la même langue, mais j’encourage vivement d’autres à le faire. Il existe bien des chansons, des pièces de théâtre et de la poésie, en l’occurrence le melhoun, dans cette langue, mais elles n’ont malheureusement pas la visibilité qu’elles méritent.
Ces grands canaux de communication [que sont le théâtre et le cinéma] sont nécessaires pour la promotion de nos langues, toutes nos langues
Beaucoup de contes du terroir sont lus, depuis peu, dans cette langue aux enfants, qui réagissent très positivement. Car il s’agit de voyages dans l’imaginaire par le moyen de leur langue native. L’usage de la langue algérienne pour la lecture de ces contes pour enfants remplace la figure légendaire de la grand-mère conteuse qui a bercé nos enfances.
Il y aura donc non seulement des publications de ce genre à l’avenir, mais nous étudierons avec des partenaires sérieux la possibilité d’adapter Fahla au théâtre et au cinéma. Ces grands canaux de communication sont nécessaires pour la promotion de nos langues, toutes nos langues.
Par
Ali Boukhlef
Published date: Vendredi 3 juin 2022 - 07:26 | Last update:2 days 3 hours ago
Chronique de Raymond Guilloré parue dans La Révolution prolétarienne, n° 171 (474), mai 1962,p. 6
Revue le 05/05/2022
La sauvagerie de l’O.A.S., sa bêtise sanglante, ne nous étonnent pas. Ce qui nous émeut davantage, c’est le fait que la population européenne d’Algérie semble reconnaitre cette sauvagerie comme son moyen d’expression et de défense. Oh ! nous savons bien que tous les Européens d’Algérie ne sont pas solidaires de l’O.A.S. ! Mais il y a la terreur. Beaucoup de ceux qu’on appelle « les libéraux » sont déjà tombés sous les coups des forcenés. Beaucoup fuient cette terre de malheur. Les rentrées quotidiennes en métropole dépassent largement les prévisions. On voudrait quand même que les organisations syndicales d’Algérie, rattachées aux centrales françaises, fassent entendre la voix de la raison et de la fraternité. Encore heureux quand nous ne les entendons pas faire chorus avec les assassins ! La race – si tant est qu’on puisse parler de race dans une telle diversité de populations méditerranéennes – l’esprit de domination plutôt, qui est souvent plus enragé chez « le petit blanc » que chez le gros, l’emporte chez ces pseudo-syndicalistes sur une idéologie à vrai dire superficielle. Ces idées étaient bonnes « entre nous » ; mais vous n’allez tout de même pas vous mettre à les croire valables pour ces « bicots », ces « melons » ! Le dernier des bistrots bornés se croit vraiment le représentant de la civilisation chrétienne ! Et il n’en sera que plus enragé si la preuve est faite qu’un quelconque Arabe ou Kabyle peut en savoir plus dans son petit doigt que lui dans sa grosse tête vide. Passe encore pour le bistrot. Mais l’instituteur, le postier, le cheminot, le petit employé ?
Voici plusieurs centaines de dockers algériens qui font la queue pour l’embauche. Tableau connu. Le louage des bras et des échines pour le travail le plus dur, le plus nécessaire aussi. Une voiture piégée éclate dans cette foule prolétarienne. Il y a plus de soixante morts et une centaine de blessés. Comment s’étonner de la surexcitation de quelques-uns des survivants ? Ils rencontrent un Européen dans sa voiture ; ils l’arrachent à son siège et l’égorgent. Un innocent, sans doute, un pétrolier qui rentrait en France. Alors on entend parler de grève et de protestation syndicale. Protestation et indignation contre quoi ? Le meurtre du pétrolier. Mais contre l’abominable crime frappant des travailleurs parmi les plus déshérités, parmi ceux dont un syndicaliste se sent le plus naturellement et le plus immédiatement solidaire ? Alors, pas un mot. On entend même parler de « cartel syndical » pour la défense des travailleurs européens. Le nationalisme, le racisme ont créé ce cancer dans l’organisme syndical, prétendument uni sans distinction de nationalité et de race. Nous avons vu se former et grossir cette tumeur. Il n’est pas un congrès syndical de ces dernières années où nous n’ayons senti sa présence. Ceux qui ont assisté à cette séance du dernier congrès confédéral F.O. où fut discutée la motion sur l’Algérie, n’ont pas perdu le souvenir de ces « délégués » qui n’avaient rien dit jusque-là et qui parlèrent alors un si étrange langage. Au congrès de la Fédération autonome des postiers, j’ai eu aussi cette impression de rupture, d’incompréhension et d’hostilité quand le drame algérien était timidement évoqué. Au récent Comité Confédéral National de Force Ouvrière, c’est encore la pénible intervention colonialiste de Pupille ; représentant l’Union départementale d’Oran. Chez les instituteurs, le mal s’était révélé aussi. Mais il s’est atténué au cours des années de dure expérience et, au dernier congrès, les délégués des sections algériennes se sont avec des nuances, ralliés à l’indépendance.
Il n’est maintenant plus possible que, sous le prétexte de garder et de défendre des adhérents, les syndicats, les fédérations, les confédérations fassent le silence sur certains faits et certaines attitudes. Il ne faut pas laisser mettre l’étiquette « syndicale » sur des entreprises de l’O.A.S. Certes, la défense des « garanties » pour les travailleurs européens en Algérie fait partie des tâches syndicales. Mais l’ouvrier arabe ou kabyle n’a pas moins de droit à la solidarité effective des organisations syndicales françaises. Il serait temps qu’elles le disent clairement et qu’il n’y ait plus aucun doute, en France comme en Algérie, sur leur réprobation de toutes les abominations racistes.
Les condamnés Jouhaud et Salan ont leur vie entre les mains de César. Il n’y a pas si longtemps qu’il les couvrait de compliments, d’honneurs et de médailles ; peut-être les livrera-t-il maintenant au peloton d’exécution. Ce serait un règlement de comptes dans « un autre univers » que le nôtre. Jouhaud et Salan ont été les « féaux » de De Gaulle, ne l’oublions pas. Il peut dire : « Ils m’ont trahi ! ». Ils objectent que c’est lui qui les a trahis.
Jouhaud et Salan font partie d’un monde que nous exécrons. Ils aiment ce que nous haïssons, et réciproquement. Leurs séides auraient pu nous imposer – et ils nous imposeront peut-être encore – une lutte impitoyable. Mais je ne puis personnellement (je dis bien : personnellement) crier à la mort et demander leur peau à celui qui les tient aujourd’hui en son pouvoir. Lui aussi nous est étranger et, quelle que soit la décision qu’il prendra, nous lui en laissons l’entière responsabilité.
J’ai une position de principe contre la peine de mort. J’entends : la mort, comme cela, avec l’appareil de la magistrature et l’apparence de la justice. Ce ne serait pas un principe si son application dépendait du cas particulier du criminel en question.
Cependant, quand je pense un peu trop à cette voiture piégée qui sème la mort parmi mes camarades dockers d’Alger, alors j’en arrive à me dire qu’après tout – et encore que ce ne soit pas une mort habituelle chez les généraux – douze balles dans la peau, ce ne serait pas une si vilaine façon de mourir pour les responsables de cette tuerie d’innocents. Et si, par malheur, j’en arrive ensuite à penser à Franco, à ses pompes et à ses œuvres, alors j’admets qu’il y a quand même des êtres qui découragent les sentiments humains.
Chronique de Raymond Guilloré parue dans La Révolution prolétarienne, n° 171 (474), mai 1962, p. 6
Chronique de Robert Louzon parue dans La Révolution prolétarienne,n° 170 (471), avril 1962, p. 13-14
Mis à jour le10/04/2022
Trois défaites militaires. En 1940, la fuite devant Hitler ; en 1954, Dien-Bien-Phu ; et aujourd’hui, Evian !
Trois défaites en vingt ans, c’est beaucoup !
Du second empire colonial que la France s’était évertuée à constituer au cours du siècle dernier, au cours de quatre-vingts ans de guerres et d’ « expéditions militaires », il ne reste plus rien, cela ne résulte pas d’une décision volontaire de l’Etat ou du peuple français, comme on voudrait nous le faire croire, mais tout simplement de la supériorité militaire de l’ennemi.
Tout ce qui tend, en effet, à présenter les accords d’Evian comme un acte de générosité de la part de la France, comme un don qu’elle consent uniquement par « grandeur d’âme », parce que c’est un acte d’humanité et de justice, n’est que grossier mensonge. La vérité est qu’en Algérie, tout comme en Indochine et comme sur la Meuse, l’armée française a été vaincue et que ce n’est que sous là contrainte d’une force supérieure que l’Etat et le peuple français se sont soumis.
Je dis bien : l’Etat et le peuple français. Si vous en doutez, relisez, pour ce qui concerne l’Etat, les déclarations faites par tous les hommes politiques français, depuis Mendès jusqu’à de Gaulle : ils affirmèrent tous, au cours de cette guerre, un jour ou l’autre, que l’Algérie était française et demeurerait française. Pour ce qui concerne le peuple, rappelez-vous le courrier des lecteurs de la R.P. durant les premières années de la guerre et souvenez-vous qu’en 1956, deux ans après le déclenchement des hostilités, le parti communiste conférait à Guy Mollet des pouvoirs extraordinaires pour poursuivre la guerre d’Algérie, afin de ne point se « couper des masses » en ayant l’air de vouloir abandonner la « plus belle colonie » de la France. Si tel était l’état d’esprit dans les fractions du peuple français qui avaient été le plus nourries de propagande anti-colonialiste et anti-impérialiste, jugez de ce que cela pouvait être chez les autres !
De même, si de Gaulle a été porté au pouvoir, ce ne fut pas comme on aime maintenant à le dire, pour mettre fin à la guerre d’Algérie, mais pour aboutir à une fin victorieuse de la guerre. Qui oserait prétendre, en effet, que si les pieds-noirs, si Salan, si Massu, ainsi que les beaux Messieurs qui claksonnaient « Algérie française » sur les Champs-Elysées, ont renversé la République et l’ont remplacée par le dictature, c’était pour que le dictateur fasse la paix en abandonnant le F.L.N. à l’Algérie ?
En fait, jusqu’au moment où le F.L.N. est parvenu à se constituer une armée sérieuse sur les frontières marocaine et tunisienne, et qu’il est apparu que cette armée allait être solidement armée, convenablement ravitaillée et peut-être même renforcée en hommes par les Chinois, les 95 % au moins du peuple français étaient de farouches partisans de l’écrasement des « rebelles » et de l’emploi de tous les moyens (tortures comprises) pour maintenir l’Algérie dans le giron de la France.
Ce n’est que le jour où l’on s’est aperçu, aussi bien à l’Elysée que dans la rue, qu’un peuple qu’on n’avait pu vaincre en cinq années de guerre allait recevoir une aide militaire qui le mettrait sur un pied d’égalité avec soi-même en fait d’armement, que le vent de la défaite a fait comprendre à tous ou à presque tous (en métropole tout au moins) qu’il était nécessaire de jeter du lest. Lest qu’on n’a jeté d’ailleurs que très, très progressivement, puisqu’il a fallu plus de deux ans pour que l’on finisse par faire aux Algériens des offres acceptables.
Et c’est ainsi seulement que, partis en guerre unanimement en 1954 pour écraser la « rébellion algérienne » et faire que l’Algérie demeure française, l’Etat et le peuple français ont dû, en 1962, traiter avec les chefs de ladite « rébellion » et leur confier le soin de mener l’Algérie à l’indépendance !
Si les Français se trouvent ainsi avoir été vaincus trois fois en moins d’un quart de siècle, c’est parce que, les trois fois, ils n’ont pas voulu se battre, j’entends : se battre sérieusement, résolument, à fond.
Depuis la disparition de l’Ancien Régime, les Français ne se sont vraiment battus que deux fois : la première, pendant les guerres de la Révolution, parce qu’ils pensaient apporter la liberté au monde, la seconde fois durant la guerre de 14-18 parce qu’ils croyaient qu’ils allaient donner la paix au monde. Autrement dit, ils ne se battirent que lorsqu’ils eurent une Idée à défendre.
Il faut aux Français, disait Vallès, une Idée ou un Sabre. En réalité, il leur faut, comme à tout peuple appelé à jouer un rôle dans l’histoire, une Idée et un Sabre. Le Sabre pour assurer la réalisation de l’Idée.
Mais, de par son propre développement, le Sabre tue bientôt l’Idée. Eternelle dialectique des choses ! Alors, dépourvu d’Idée, le Sabre, si tranchant soit-il, devient impuissant. Impuissant contre Hitler, contre le Viet-Minh, contre le F.L.N.
Ce n’est là d’ailleurs que ce qu’exprimait plus simplement le fameux colonel Bigeard un jour que, dans les premiers temps de la guerre d’Algérie, il était venu à Paris pour recevoir en grande pompe je ne sais quelle décoration, et que, comme on lui demandait, à un dîner donné en son honneur, ce qu’il pensait de la situation militaire en Algérie, répondait, à la grande stupeur de l’assistance : « Ces gens-là nous vaincront, car ils croient, eux, à quelque chose, tandis que nous, nous ne croyons plus à rien. »
La prophétie s’est réalisée. A Evian, la France a capitulé.
BERBERE OU ARABE ? LA DJEMAA OU LE CAID ?
Le nouveau peuple qui apparaît aujourd’hui sur la scène de l’histoire, le peuple algérien, a, lui, une Idée, celle de l’indépendance nationale, et un Sabre, celui qu’il s’est forgé durant les sept années d’une guerre particulièrement dure.
Mais son Idée n’est pas seulement nationale, elle est aussi sociale. Presque au début de son soulèvement, il a affirmé les buts sociaux de son mouvement, au point qu’il appelle toujours celui-ci, non : la guerre de libération, mais : la Révolution algérienne.
Après la liquidation de l’O.A.S., ou même simultanément avec cette liquidation, le Front national de libération va donc avoir à atteindre les buts révolutionnaires qu’il s’est donné, et, pour cela, se donner d’abord une organisation politique.
Pour ce faire, deux voies s’ouvrent à lui, qui lui sont tracées par son passé historique lui-même.
Voici beaucoup plus d’un millénaire que les peuples d’Afrique du Nord ont été conquis et assimilés au cours de la grande chevauchée des disciples de Mahomet.
Mais, tandis que cette assimilation était totale dans la plaine, que les indigènes y adoptaient la langue et le droit du vainqueur en même temps que sa religion, ceux de la montagne n’acceptaient que la religion, gardant intacts leur langue, le berbère, leurs coutumes et leur droit.
De ce fait, les institutions politiques et sociales des sédentaires de la montagne et celles des nomades ou semi-nomades ou anciens nomades de la plaine sont encore aujourd’hui très différentes, voire même opposées.
L’organisation politique de la plaine, c’est la tribu. La tribu soumise à un chef, le caïd, chef de guerre et chef dans la paix, qui réunit entre ses mains à peu près tous les pouvoirs spirituels et temporels : il commande au combat et administre et juge en tous temps. Sous sa direction, la tribu mène une vie collective, se déplaçant selon les saisons à la recherche de pâturages, ensemençant individuellement ici et là des parcelles de la terre collective.
L’organisation politique de la montagne est, au contraire, celle du village, j’allais presque écrire : celle de la Cité. Ici, plus de caïd, plus de chef. Le pouvoir est exercé par l’assemblée des habitants du village qui délègue généralement ses pouvoirs aux plus vieux et aux plus sages. Ceux-ci constituent un Conseil de fait, la djemaa, dont tous les membres sont égaux; c’est elle qui gouverne, administre, décide et juge. Cette démocratie, comme toutes les démocraties, a pour base la propriété individuelle; chacun est pleinement propriétaire de son lopin de terre, y fait ce qui bon lui semble et en dispose à son gré, mais, malgré cela, comme le pays est très pauvre, l’inégalité économique est pratiquement inexistante. La démocratie politique se double ainsi d’une démocratie sociale.
Eh bien ! la grande question qui se pose est de savoir si la Révolution algérienne suivra la voie arabe ou la voie berbère, celle qui soumet la collectivité à un chef, ou bien charge des affaires publiques ses propres mandataires.
Jusqu’à présent, la Révolution algérienne a suivi résolument la voie berbère. Le F.L.N. a fourni l’exemple, très rare, voire exceptionnel, d’un corps poursuivant pendant sept ans une lutte terrible et inégale sous une direction qui n’a pas cessé pourtant un instant d’être une direction collective, agissant sous le contrôle d’une large élite comprenant tous ceux des combattants exerçant des fonctions de commandement même réduites.
C’est là sa profonde originalité, car qu’on cherche les mouvements qui ont conduit une guerre révolutionnaire durant sept années sans qu’en émerge une dictature ! En Angleterre, cinq ans après le début de la guerre civile, Cromwell est déjà le maître ; en France, un an après Valmy apparaît la dictature de Robespierre, en attendant celle de Bonaparte.
Cette originalité, la révolution algérienne la doit sans aucun doute à ses origines berbères : c’est dans l’Aurès, l’un des deux grands bastions berbères de l’Algérie que l’insurrection a été déclenchée, et c’est en Kabylie, l’autre bastion berbère, qu’elle s’y est implantée le plus rapidement et le plus profondément.
Cette direction collective de l’actuelle révolution algérienne est d’autant plus remarquable que jusqu’ici tous les mouvements de résistance à l’occupation française s’étaient faits à la mode arabe, autour d’un chef.
Il en fut ainsi avec Abd-el-Kader, l’« émir » ou super-caïd, type même du chef arabe, marabout et guerrier, chef religieux, militaire et politique, ne devant sa puissance qu’à ce qu’il est l’incarnation de la volonté d’un peuple.
Il en fut de même plus tard avec Bou Amama, lui aussi marabout et guerrier.
Et il en fut de même· aussi, avec l’insurrection de 1871, pourtant essentiellement kabyle, mais qui n’en éprouva pas moins le besoin de se grouper autour d’un chef qu’elle alla chercher chez les Arabes de la plaine voisine, Mokrani.
C’est donc pour la première fois que l’Algérie se trouve en présence d’une insurrection vraiment berbère, en ce sens que les Berbères n’y jouent pas seulement un rôle de premier plan, mais qu’elle s’est organisée selon le mode berbère.
Cependant, il ne faut point sous-estimer le danger que la Révolution algérienne court peut-être encore de devoir délaisser le type berbère pour le type arabe, car les Algériens de langue berbère ne sont qu’une minorité : 30 % de la population environ.
Les hautes plaines d’Oranie, cette pépinière de chefs arabes peut encore donner naissance à un nouvel Abd-el-Kader. Messali Hadj, qui est issu de ces régions, ne considérait manifestement la lutte pour l’indépendance algérienne que sous la forme d’un mouvement dont il eût été l’émir – ce qui fut d’ailleurs la cause profonde de sa perte. D’autres, issus eux aussi des mêmes plaines, peuvent reprendre à leur compte les mêmes espoirs, et, parés de l’auréole du martyr, tenter d’enlever à la direction de la Révolution algérienne le caractère collectif que la tradition de la djemaa lui a jusqu’ici imprimé et qui lui a assuré la victoire.
Pour nous, démocrates, nous ne pouvons que former le vœu que de pareilles tentatives, s’il leur arrivait d’avoir lieu, échouent, et que le nouvel Etat soit organisé selon des principes issus des coutumes berbères et non de la tradition arabe.
Renan a prétendu que l’état arriéré dans lequel se trouvait la Kabylie était dû précisément à son régime ultra-démocratique, au fait qu’elle était un pays sans maîtres ni sujets, sans riches ni pauvres. Il revient aux Algériens d’aujourd’hui le glorieuse tâche de faire mentir Renan. De prouver que la pauvreté des montagnards de la Kabylie ou de l’Aurès est due à la géographie et non aux institutions, que celles-ci, transposées sur un sol plus fertile, sont capables, au contraire, d’assurer le bien-être, voire la richesse et même, la puissance, tout en maintenant l’égalité des droits et des jouissances.
Chronique de Robert Louzon parue dans La Révolution prolétarienne,n° 170 (471), avril 1962, p. 13-14
Article de M. Derval paru dans L’Internationale, n° 1, juin 1962, p. 5
Reprit le .04/06/2022
Me Tixier-Vignancour (à droite) et Me Menuet, les deux défenseurs de l’ex-général Raoul Salan, chef de l’OAS, manifestent leur joie après le verdict de la prison à vie, dans les couloirs du Palais de Justice, à Paris, France, le 24 mai 1962. (Photo by KEYSTONE-FRANCE/Gamma-Rapho via Getty Images)
Le verdict du procès Salan prononcé, bien des Français se sont réveillés en découvrant le régime du 13 mai dans sa vérité toute nue. Salan est à un tel point couvert de crimes qu’il est évident pour tout le monde qu’il méritait dix fois la mort. Cependant le régime ne pouvait que lui faire un procès truqué. Honnête, le procès aurait été celui du régime. Truqué, mais raté, il révèle peut-être encore plus crûment la nature du gaullisme. En effet, Salan et ses défenseurs avaient raison de vouloir prendre les choses par le commencement. Ce procès aurait dû être d’abord celui des « sales » guerres coloniales dont la veuve de Lattre est venue faire l’éloge en même temps que celui du bon condottière Salan ; celui des « oradours » algériens et de la torture qui ne sont ni plus ni moins des crimes hier qu’aujourd’hui et auxquels l’aumônier des assassins, le sinistre tartuffe Delarue, est venu apporter la confirmation de sa bénédiction ; le procès aussi du droit au coup de force militaire que les juges de De Gaulle ne refusent que lorsque le putsch échoue et qu’ils n’en sont pas les profiteurs ; le procès enfin du meurtre comme moyen d’action politique ordinaire que Tixier-Vignancour avait beau jeu de retourner contre le pouvoir et dont Debré ne pouvait se sortir que du droit du plus fort. Que de circonstances atténuantes !
Seul un tribunal populaire aurait pu faire ce procès, pas des colonialistes qui, logiquement, doivent approuver au fond d’eux-mêmes ceux qu’ils jugent et leurs avocats, gens de bonne conscience quand ils considèrent de Gaulle comme un traitre puisque c’est lui qui les a poussé dans la voie de l’Algérie française en se faisant appeler par eux pour faire leur politique. Et que de Gaulle ait voulu, dès le début, les duper en liquidant l’affaire algérienne, ne fait qu’aggraver les choses de leur point de vue.
Non, Salan, bandit impérialiste malheureux, ne pouvait pas être jugé par ses pareils plus habiles ou plus intelligents. De tels hommes ne pouvaient que « faire un exemple », offrir une victime expiatoire ; c’est ce que de Gaulle leur demandait assure-t-on. Paradoxalement, un des plus répugnants assassins jugé depuis les nazis, était menacé d’être condamné, non pour ses forfaits, mais au nom de la raison d’Etat.
Mais le mécanisme s’est grippé. Les serviteurs du Bonaparte ne sont pas assurés de ses lendemains. Ils ont mis Salan et leur propre avenir en sécurité. Le plus haut responsable épargné, ses subordonnés ne peuvent plus être tués sans que le règne de l’arbitre n’apparaisse celui de l’arbitraire. On ne triche pas avec l’Histoire : la légitimité de la Ve République s’est jugée par l’acquittement « à terme » de son maître d’oeuvre Salan.
L’O.A.S. a fêté comme il se doit ce succès, en tant que gage de ses victoires futures. Pendant ce temps de Gaulle a cherché à corriger une clémence qui le condamne, par une sévérité qui, venant trop tard, ne fait que l’enfoncer davantage en soulignant la loi du « suivant que vous serez puissant ou misérable… ». Dovecar et Piegts ont été fusillés. Trois tueurs d’Alger ont été condamnés à mort, au lieu des deux ou trois ans de prison habituels. Mais Jouhaud sauve très habilement sa propre tête en donnant l’ordre d’arrêter le massacre (tout en affirmant que les massacreurs ne sont pas ses hommes !). Salan ne contresigne pas cet ordre. (Pourquoi le ferait-il ?) L’Etat permet à ses grands criminels de diriger leur organisation de leur cellule et de correspondre entre eux sur les meilleures décisions a prendre.
Un aspect franchement drôle de cette farce noire c’est l’indignation et le désespoir des demi-gaullistes, quarts de gaulliste et huitièmes de gaulliste : ils comptaient tellement sur de Gaulle pour liquider l’O.A.S. : puis, sur ce terrain bien propre, attendre les funérailles nationales du chef de l’Etat pour passer à la rénovation de la démocratie, par les voies les plus pacifiques.
Ce procès et ses suites flanquent tout par terre. L’O.A.S. qui achève de s’effondrer (mais toujours dans beaucoup de sang) en Algérie, n’a plus qu’à changer de peau et à devenir un quelconque parti patriote français pour que la réconciliation nationale se fasse. Nos seizièmes de gaulliste tremblent de voir que le choix sera celui dont ils rie veulent à aucun prix : fascisme ou socialisme. Les fascistes ont perdu fort peu d’hommes, la caste militaire ne va plus avoir le crève-cœur de devoir choisir entre eux et l’Etat. Quelle force peut s’opposer à eux tous ?
Heureux procès que le procès Salan : il a dissipé quelques équivoques, la bourgeoisie y a manifesté sa profonde solidarité de classe. Il fera s’ouvrir des yeux sur la nécessité d’en finir avec les jeux parlementaristes et d’engager la lutte classe contre classe.
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