En 1956, dans l’est de la Kabylie, pendant la guerre d’Algérie, la jeune Neïla (Sawsan Abès) fuit son village ratissé par les soldats français et se réfugie auprès d’un groupe de maquisards. Faite prisonnière par l’armée coloniale au cours d’un combat, elle est enfermée dans un camp d’internement où s’organisent la torture et l’exécution de femmes algériennes, et partage sa cellule avec une infirmière française, Suzanne (Emilie Favre-Bertin), engagée du côté du FLN. La Maquisarde de Nora Hamdi se concentre dès lors sur le huis-clos de leur dialogue, la rencontre entre une très jeune paysanne soudain projetée dans la guerre, et une Française un peu plus âgée, marquée par l’expérience de son engagement, quelques années plus tôt, dans la résistance contre l’occupation nazie et la collaboration. C’est leur alliance, leur entente profonde, le temps de quelques jours suspendus à un sort incertain, qui intéresse Nora Hamdi, et elle filme cette situation comme un morceau d’histoire à écrire, esquissé sur fond de multiples trahisons : celle, au présent du film, d’une «France libre» redevenue république, vite repartie torturer et tuer en Algérie, ou celle, au futur et en filigrane, d’une Algérie indépendante qui oubliera vite la place centrale des femmes dans les combats de la décolonisation (comme la France, d’après le personnage de Suzanne, l’oubliait après 1945 dans ceux de la Résistance).

Le film est avant tout un appel à repenser cette histoire imbriquée, et il fictionne cet appel dans une forme convenue, téléfilmique - en même temps que son petit budget de cinéma guérilla, autoproduit, lui donne cet aspect non industriel, spontané et obstiné, voire généreux, existant sans avoir été commandé par aucune chaîne de télévision réelle. la Maquisarde, en ce qui concerne l’attention concrète qu’un film porte ou non à ses personnages, flotte dans une sorte d’abstraction, d’intention, où les idées priment sur les plans, les gens et les choses ; reste que ces idées, le film travaille sous nos yeux à se les faire, à leur débroussailler un chemin à travers les contradictions violentes de l’histoire distincte et commune de deux pays, et y semble poussé par une nécessité absolue. Si, d’après l’écrivain Heiner Müller, «la torture est plus facile à apprendre que la description de la torture», la Maquisarde refuse de reculer devant la difficulté de décrire, et s’y atelle avec les moyens du bord.